Chapitre 1 sur 3 — Adolphe Prins et l'École de Bruxelles La défense sociale dans la guerre des idées
I. NÉE DANS LE CONFLIT
Texte intégral
Comment ne pas songer à Adolphe Prins lorsqu'on traite des progrès de la science pénale, a fortiori l'année du centenaire de sa mort ? Il en est l'un des principaux artisans au sein de l'Université libre de Bruxelles (ULB) et bien au-delà. Il a marqué durablement de son empreinte non seulement la politique pénale et le droit pénal, mais aussi l'enseignement, non seulement celui qu'il a lui-même professé pendant 40 ans au sein de notre faculté de Droit, mais celui de ceux qui lui ont succédé, y compris celui que Patrick Mandoux et Marc Preumont ont reçu et peut-être même celui qu'ils ont donné.
L'apport de Prins à la science pénale est bien connu par les études remarquables et approfondies qui lui ont été consacrées. Je pense particulièrement aux travaux de et dirigés par Philippe Mary et Pierre Vandervorst, au sein même de notre maison, à l'occasion d'un autre centenaire, celui de l'École de criminologie 1. Et bien sûr aux travaux de et dirigés par Françoise Tulkens à la suite d'un séminaire qu'elle avait organisé avec Michel Foucault sur la Généalogie de la défense sociale 2. Cependant, je vais tenter d'apporter ici l'éclairage complémentaire de l'histoire des idées et des écoles. Il me semble en effet qu'on mesure encore mieux l'importance de l'œuvre et la portée des positions de Prins lorsqu'on les resitue dans le contexte intellectuel agité dans lequel il les a élaborées et tenues. Ce contexte est celui du tournant des sciences sociales et de la naissance de l'École de Bruxelles, à laquelle, on le verra, Prins a pris une part exemplaire.
J'évoquerai dans un premier temps la naissance de l'École de Bruxelles, au départ de l'un de ses noyaux primordiaux, l'Institut de sociologie Solvay, auquel Prins collabora activement (I) 3, op. cit., pp. 239-248, spéc. p. 247). Nous tenterons dans cette étude de prouver le contraire.]. Je montrerai ensuite que l'œuvre de Prins s'inscrit dans le programme d'une profonde réforme de la société par le droit en vue d'apporter des réponses à la question sociale (II). J'analyserai enfin comment Prins et ses amis se positionnent à la croisée des deux grands débats qui agitent à l'époque non seulement la science pénale, mais les sciences sociales en général : la concurrence des paradigmes biologique et sociologique au sein du positivisme et l'opposition entre ce dernier et la conception morale des sciences de l'esprit (III).
Citant les œuvres d'Adolphe Prins et de Guillaume De Greef, le célèbre économiste français Léon Walras évoque en 1898 les « beaux travaux de l'école belge » et « l'école sociologique de Belgique » 4. Sept ans plus tard, un autre Français, Paul Lapie, sociologue proche d'Émile Durkheim, précisera l'expression en « École de Bruxelles » dans un article qu'il consacre aux travaux menés au sein de l'Institut de sociologie de Solvay 5.
L'industriel Ernest Solvay avait créé à Bruxelles, en 1894, un Institut des sciences sociales, indépendant de l'Université libre de Bruxelles (ULB). L'ULB traversait cette année-là une grave crise interne, marquée par l'éclatement d'un conflit ouvert et la rupture entre les partisans les plus radicaux des deux camps qui s'opposaient depuis longtemps déjà au sein de l'institution. D'une part, des professeurs de la Faculté de philosophie et lettres, soutenus par la majorité des membres du conseil d'administration, demeuraient attachés à la philosophie des fondateurs de l'Université : une conception morale et spirituelle des sciences de l'homme et de la culture et, sur le plan politique, une conception libérale, dite « doctrinaire » 6, essentiellement individualiste et opposée à toute intervention publique dans les affaires économiques et sociales. D'autre part, les professeurs des facultés de Sciences et de Médecine, ainsi que la plus grande partie des enseignants à la faculté de Droit, suivis par une grande partie des étudiants de l'Université, étaient convaincus que l'être humain, son corps et ses pensées mêmes, son comportement et les sociétés qu'il forme avec ses semblables, devaient être étudiés selon les principes et des méthodes scientifiques similaires à celles pratiquées pour l'étude du monde physique et vivant, reposant sur l'observation des faits, la quantification et la mesure, et la vérification par l'expérience. Ces connaissances devaient servir à répondre à la question de la misère sociale et à la réforme de la société par une intervention directe de l'État et des pouvoirs publics, mais aussi des organisations de la société civile. On les appelait « positivistes » et, du côté politique, libéraux « progressistes » ou encore « radicaux ».
Ce conflit des facultés et des générations connut sa phase aigüe dans les années 1890. En 1889, les progressistes avaient enfin obtenu la création d'un enseignement spécial des sciences sociales, attaché à la faculté de Droit 7. Les enseignants sont issus de plusieurs facultés, mais les juristes de formation y sont particulièrement importants en nombre et en qualité, dès sa création. Ainsi, Guillaume De Greef, juriste et avocat, « le premier sociologue belge », chargé du cours stratégique de méthode des sciences sociales, qu'il définit dès sa leçon inaugurale comme une science expérimentale, appuyée sur les méthodes positivistes. Son grand ami Hector Denis, double docteur en droit et en sciences, qui enseigne l'économie et la géographie politique selon la méthode positiviste et statistique et poursuit, tout comme De Greef, un agenda progressiste, teinté d'un socialisme à la Proudhon. On y trouve également des professeurs de la faculté de Droit, au premier rang desquels Adolphe Prins, leur contemporain, mais aussi de jeunes et brillants chargés de cours qui n'ont pas encore 30 ans, comme Georges Cornil, qui s'attache à extraire le louage d'industrie du Code civil pour donner un véritable statut spécifique au contrat de travail 8, et son grand ami Maurice Vauthier, qui considère le droit comme « la plus ancienne et la plus achevée des sciences sociales » 9. Quant à Émile Vandervelde, il n'est encore qu'étudiant en droit à l'époque. Il sera le premier diplômé de ce nouvel enseignement des sciences sociales.
Mais, dès l'année suivante, un conflit violent éclate, provoqué par Guillaume Tiberghien, le gardien du temple spiritualiste et doctrinaire au sein de l'ULB pendant un demi-siècle, celui que Verhaegen appelait « le drapeau de l'Université ». Adversaire déclaré des idées positivistes qu'il avait publiquement rejetées et condamnées lorsqu'il avait été recteur 10, Tiberghien obtient le rejet par le conseil d'administration de l'Université, dont il était un membre permanent, de la thèse de psychologie de son élève Dwelschauwers, au motif, d'ailleurs exact, qu'elle s'appuyait sur la méthode expérimentale, jurant ainsi avec son enseignement et avec les intérêts et les principes de l'Université 11.
Cet incident provoqua une mobilisation très forte de la communauté étudiante contre les autorités de l'Université. Lors de la séance de rentrée académique en 1890, qui se tenait à l'hôtel de ville, lorsque le recteur prit la parole, les étudiants firent un grand chahut. Charles Buls, le bourgmestre de Bruxelles, qui présidait la séance, donna l'ordre à la police d'intervenir, mais sans résultat. La séance fut levée dans un désordre sans précédent 12. La contestation s'appuyait sur le principe du libre-examen, qui devait combattre non seulement contre les dogmes de la papauté, mais également ceux qui s'étaient imposés à l'intérieur même de l'Université. Il devint le mot d'ordre de ceux qui, de plus en plus nombreux, revendiquaient de pratiquer la méthode positive et expérimentale dans leurs enseignements et leurs recherches dans toutes les disciplines.
Pour apaiser ce conflit qui dure, la gouvernance de l'Université est quelque peu rééquilibrée. Le recteur démissionne. Des progressistes font leur entrée au conseil d'administration, notamment Ernest Solvay, en 1891. Celui-ci a déjà commencé son action de mécène en finançant, à la demande de Paul Héger, un premier Institut de physiologie en 1889 pour permettre la recherche expérimentale en laboratoire 13. En 1892, Hector Denis est élu recteur, ce qui semble montrer que l'avenir a changé de camp. Mais, deux ans plus tard, celui-ci est mis en minorité, en l'absence de Solvay, par le conseil d'administration, qui annule l'invitation faite au géographe français Élysée Reclus, proche du recteur, à donner des cours à l'ULB, au prétexte de ses positions anarchistes.
Tandis que de nouvelles manifestations, mêlant à la foule des étudiants une partie des professeurs, se déclenchent immédiatement, Denis démissionne du rectorat et De Greef est démissionné de l'ULB. Il s'en va fonder, avec les avocats Émile Vandervelde, Paul Janson, Henri Lafontaine et Edmond Picard, ainsi que les frères Reclus, l'Université nouvelle et l'Institut des hautes études de Belgique. On remarquera que la création de l'Université nouvelle en octobre 1894 est concomitante de l'entrée de représentants du parti ouvrier belge (POB) au Parlement lors des élections conduites pour la première fois au suffrage universel masculin, certes encore tempéré par le vote plural 14. Le nouveau parti compte deux sénateurs, qui ne sont autres que Picard et Lafontaine, et 28 députés, parmi lesquels Hector Denis et Émile Vandervelde, qui en rédige la charte fondamentale 15.
À ce stade de la crise, Ernest Solvay entame une série de manœuvres décisives. Dénonçant au conseil d'administration les conservateurs qu'il qualifie par euphémisme d'« adeptes du progrès lent », il crée, en dehors de l'ULB, son propre Institut des sciences sociales, qu'il installe à l'hôtel Ravenstein 16. Il en confie la direction à Denis, De Greef et Vandervelde, soit la frange socialiste des positivistes, qui vient d'être « sortie » par les conservateurs 17, à charge pour eux de travailler au développement de son propre programme théorique 18.
Il n'abandonne pas pour autant la lutte au sein de l'ULB, où les différentes factions continuent de s'affronter pour le pouvoir, tant au niveau des nominations que des structures. La modification des statuts opérée en juillet 1894 s'inspire des propositions « modérées » présentées par Héger et Solvay, qui accorde une plus large participation des professeurs au conseil d'administration, sans pour autant leur en donner le contrôle 19. Tiberghien prend enfin sa retraite en 1897 à 78 ans et son disciple réprouvé Dwelshauwers lui succède pour une partie de son portefeuille de cours 20. En 1898, Paul Héger accède au rectorat pour deux ans, suivi par Adolphe Prins pour la première année académique du XXe siècle. Deux autres adeptes de la sociologie lui succéderont, l'ingénieur James Van Drunen et le juriste Maurice Vauthier 21. En peu d'années, les libéraux progressistes, positivistes et adeptes de la méthode expérimentale prennent donc le pouvoir à l'ULB. En 1909, le célèbre discours d'Henri Poincaré sur « Le principe du libre examen en matière scientifique », en point d'orgue des cérémonies du 75e anniversaire de l'Université, consacrera officiellement la victoire de la conception pragmatique et expérimentaliste du savoir à l'ULB 22.
Alors qu'en 1897, les conservateurs, qui n'avaient pas encore désarmé, envisageaient encore la suppression de l'enseignement spécial des sciences sociales 23, Solvay a imposed une alternative en prenant à sa charge, par le versement d'un capital de 30.000 francs, l'intégralité de ses frais de personnel et de fonctionnement pour cinq ans. Cinq jeunes chargés de cours sont nommés, dont quatre juristes et non des moindres : Eugène Hanssens 24, Ferdinand Cattier 25, Paul Hymans 26 et Louis Wodon 27, ainsi qu'un ingénieur gantois, Émile Waxweiler. En 1899, le programme devient l'École des sciences politiques et sociales.
Solvay prend alors une troisième initiative importante en 1901. Il souhaite agrandir l'Institut des sciences sociales, lui offrir son propre bâtiment, le doter de moyens plus importants et y intégrer certains des jeunes chercheurs de l'École des sciences sociales, économiques et politiques. Entend-il ainsi regrouper les forces qu'il finance séparément dans le domaine des sciences sociales ? Ou songe-t-il à remplacer des collaborateurs qui, atteignant comme lui la soixantaine, s'occupent davantage de leurs propres recherches et beaucoup de politique socialiste, par une nouvelle génération de libéraux progressistes plus disponibles et plus proches de ses propres aspirations ? Toujours est-il que la négociation qui traîne en longueur se termine mal. Les anciens partenaires se brouillent et le premier équipage est finalement débarqué du navire.
L'Institut est recréé sous le nom d'« Institut de sociologie Solvay » et installé dans un bâtiment spécialement conçu pour lui dans la nouvelle Cité des sciences du parc Léopold 28. Viennent le rejoindre l'année suivante deux autres bâtiments pour les Instituts de physiologie, dont la direction est toujours confiée à Paul Héger. L'Institut de sociologie est conçu comme un laboratoire pluridisciplinaire de recherches fondamentales et appliquées sur les questions relatives à la vie et à l'organisation sociale, à leur évolution et à leur réforme. Dans les termes d'aujourd'hui, on pourrait dire qu'il fonctionne comme un « think tank ». Il est doté d'une bibliothèque d'une richesse incomparable, composée de milliers d'ouvrages traitant de toutes les sciences nouvellement qualifiées de « sociales », en ce compris et au premier plan le droit lui-même, en français, en allemand, en anglais et dans d'autres langues encore 29. Ces acquisitions font l'objet de compte rendu détaillés et critiques dans les publications de l'Institut, qui s'attache par ailleurs à tisser des liens de correspondance avec leurs auteurs. Selon le chercheur allemand Christian Gülich, l'Institut de sociologie représentait « l'institution la plus avancée en Europe, soutenant, au niveau pratique, la coopération sociologique internationale avant (et aussi après) la Première Guerre mondiale » 30.
Ce succès et l'importance de la production scientifique de l'Institut sont certainement dus, outre aux investissements et à l'énergie de son fondateur, au dynamisme et aux capacités d'organisation du nouveau directeur que Solvay a placed à sa tête, Émile Waxweiler, l'un des nouveaux chargés de cours de l'École des sciences politiques et sociales de l'ULB. Solvay lui confiera également, dès l'année suivante, la création et la direction de sa célèbre École de commerce, qui s'installe également à la Cité des sciences.
Waxweiler choisit lui-même deux collaborateurs principaux : le juriste Louis Wodon, son ami et collègue à l'ULB ainsi qu'à l'Office du travail, puis au nouveau ministère de l'Industrie (c'est-à-dire du Travail), dont il dirigeait la section de législation ; et l'historien du droit Guillaume Des Marez, par ailleurs archiviste renommé de la ville de Bruxelles. Dans le rapport projet qu'il adresse à Solvay en 1901, Waxweiler mentionne les noms de deux autres personnalités, qui seront chargées de diriger des sections de travail de l'Institut : l'économiste Maurice Ansiaux, charged du crédit et de la monnaie, des banques et des marchés de capitaux, et Adolphe Prins, en charge de l'étude des phénomènes de « pathologie sociale », sociologie et anthropologie criminelle, dégénérescence et hérédité sociale 31. S'y ajouteront très vite le médecin Émile Houzé, Daniel Warnotte, chargé du service de documentation de l'Institut 32 et l'ingénieur économiste Georges De Leener 33. Suivra une nouvelle génération de juristes, de philosophes et de sociologues qui assureront la postérité de l'École 34.
Au début du XXe siècle, « l'École de Bruxelles » désigne ainsi, au sens le plus étroit, l'Institut de sociologie Solvay. Ses membres sont étroitement liés à la faculté de Droit et à son École des sciences politiques et sociales. Les historiens des sciences et des idées utilisent l'expression de manière plus large pour désigner les milieux sociaux et libéraux de la sociologie positiviste bruxelloise au tournant du siècle 35. L'appellation « École de Bruxelles » est pratique en effet dès lors que les chercheurs de cette époque n'appartenaient pas tous à l'ULB, mais à d'autres institutions de recherche et d'enseignement, complémentaires et rivales.
Notes
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P. van der Vorst et Ph. Mary (dir.), 100 ans de criminologie à l'ULB, Bruxelles, Bruylant, 1990. ↩
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Fr. Tulkens, Généalogie de la défense sociale en Belgique (1880-1914), Story-Scientia, 1988 ; Fr. Tulkens, « Un chapitre de l'histoire des réformateurs : A. Prins et la défense sociale », Document de travail du département de criminologie et droit pénal de l'UCL, 1985, n° 5, vol. 3. ↩
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Dans un article consacré à Prins, notre estimé Professeur d'histoire Jean Puissant soutient une thèse totalement contraire selon laquelle Prins se serait singularisé de son milieu social et politique, isolé du milieu libéral et identifié au courant catholique défendu à l'UCL par l'abbé Brants (J. Puissant, « Prins et la pensée leplaysienne », in 100 ans de criminologie à l'ULB [P. van der Vorst et Ph. Mary dir. ↩
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L. Walras, Études d'économie politique appliquée (P. Dockès e. a. éd.), Paris, Economica, 1992, p. 434 ainsi que la note marginale du manuscrit. ↩
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P. Lapie, « Notes et mémoires de l'Institut Solvay (Sociologie) », La Revue Scientifique, 1907, t. VII, n° 2, pp. 42 et s., ici p. 49. ↩
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Selon le terme qui avait désigné en France les amis du ministre Guizot sous la Monarchie de Juillet, soit à l'époque de la création de l'ULB. ↩
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C'était la situation commune à l'époque de rattacher les cours de sciences politiques, économiques et sociales aux facultés de droit. ↩
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G. Cornil, Du Louage des services ou contrat de travail. Étude sur les rapports juridiques entre les patrons et les ouvriers employés dans l'industrie, Paris, Thorin, 1895. ↩
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M. Vauthier, À propos de l'enseignement du droit, Bruxelles, Lefèvre, 1903, p. 21. ↩
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L. Vanderkindere, 1834-1884. L'Université de Bruxelles. Notice historique, Bruxelles, Weissenbruch, 1884, p. 96. ↩
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W. Van Rooy, « L'Agitation étudiante et la fondation de l'Université Nouvelle en 1894 », Revue belge d'histoire contemporaine, 1976, pp. 197-241, spéc. p. 200. ↩
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E. Goblet d'Alviella, 1884-1909 : L'Université de Bruxelles pendant son troisième quart de siècle, Bruxelles, Weissenbruch, 1909, p. 18. ↩
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L'ULB était très démunie sur le plan de l'équipement scientifique. Une anecdote répandue veut qu'elle ne possédait pas même un microscope. En réalité, le terrain que fournit la ville de Bruxelles pour la cité des sciences du parc Léopold et les différents instituts qui y sont construits, financés par des industriels comme Solvay et Warocqué, sont le premier campus scientifique de l'ULB. ↩
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On peut dès lors légitimement se demander si la création de l'Université nouvelle ne manifeste pas, dans la logique de pilarisation qui est celle de la société belge, le souci précoce de constituer à côté de celle du parti catholique à Louvain et du parti libéral, l'ULB, une université socialiste, largement tournée d'ailleurs vers l'éducation populaire. De manière étonnante, ce point est rarement mentionné dans la littérature qui examine la crise de l'ULB et la naissance de l'Université nouvelle. Elle mériterait davantage de recherches. ↩
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La Charte de Quaregnon, adoptée en Congrès, le 26 mars 1894. ↩
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L'Institut international de bibliographie d'Henri La Fontaine et Paul Otlet est logé dans même bâtiment. Ils partagent certaines facilités. La fontaine et Otlet participent aux séances de l'Institut (F. Levie, L'homme qui voulait classer le monde. Paul Otlet et le Mundaneum, Bruxelles, Les impressions nouvelles, 2010, p. 61, citant P. Otlet). ↩
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Hector Denis ne rejoint pas l'Université nouvelle et choisit de rester à l'ULB, mais maintient sa démission du rectorat. ↩
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E. Solvay produit en effet lui-même un modèle social, fondé sur le productivisme et le comptabilisme, fondé lui-même sur l'énergétisme, qui tente d'expliquer l'ensemble des phénomènes physiques et chimiques, mais aussi du monde vivant et des sociétés humaines au départ de la notion primordiale d'énergie. Voy. E. Solvay, Questions d'énergétique sociale, 1894-1910, Bruxelles, éd. de l'Institut de sociologie. ↩
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E. Goblet d'Alviella, 1884-1909 : L'Université de Bruxelles pendant son troisième quart de siècle, op. cit., p. 38. ↩
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Il reviendra à Paul Héger, recteur, de prononcer son hommage, déjà effectué par L. Vanderkindere lors d'une cérémonie spéciale. Le discours de P. Héger se veut une réponse à L. Vanderkindere et nettement moins positif pour Tiberghien. Voy. P.-Fr. Daled, Spiritualisme et matérialisme au XIXe siècle. L'Université Libre de Bruxelles et la Religion, Bruxelles, éd. de l'Université de Bruxelles, 1998 et K. Wils, De omweg van de wetenschap, Amsterdam, Amsterdam University Press, 2005. ↩
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Sur J. Van Drunen, président de la sociologie d'anthropologie de Bruxelles, grand adepte de la sociologie et disciple de Quetelet, voy. K. Wils, De omweg van de wetenschap, op. cit., pp. 312-313. ↩
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H. Poincaré, « Le libre examen en matière scientifique », conférence du 21 novembre 1909, Revue de l'Université de Bruxelles, 1910, également publiée in H. Poincaré, Œuvres, 1956, p. 152. H. Poincaré indique que le thème lui a été soufflé par le recteur de l'époque, soit le juriste Paul Errera. ↩
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En 1895, le conseil d'administration de l'ULB avait confié à une commission composée de L. Vanderkindere, E. Van Der Rest et M. Vauthier « le soin de préparer, sur des bases systématiques, la réorganisation de l'enseignement de sciences sociales » (E. Goblet d'Alivella, 1884-1909 : L'Université de Bruxelles pendant son troisième quart de siècle, op. cit., p. 39). ↩
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Il sera professeur à l'ULB et un important avocat, d'abord au barreau de Bruxelles, puis à la Cour de cassation. ↩
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Grand spécialiste des affaires d'outre-mer et jouant à ce titre un rôle important dans les milieux bancaires, Cattier s'y est formé avec Rolin-Jacquemyns au Siam et grâce à son maître de stage Edmond Picard, qui lui a confié une grande consultation sur le Congo. Son rapport critique de 1906 sur la situation de l'État indépendant sera la référence essentielle dans le débat sur sa reprise de la colonie par l'État belge. ↩
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Jeune chef de file du parti libéral, mais échouant aux dernières élections censitaires de 1892, il sera le grand diplomate belge de l'entre-deux-guerres, à la tête du ministère des Affaires étrangères et également ministre de la Justice et président de l'ULB. ↩
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Louis Wodon, haut fonctionnaire au ministère du Travail dont il dirige la section de législation dès sa création. Il enseigne le « droit industriel », ancêtre du droit du travail, national et comparé, et de nombreuses matières nouvelles, mais aussi, comme Prins lui-même, le cours de droit naturel, où il développe à loisir sa conception réaliste et pratique du droit. À la mort de Waxweiler, il reprend la présidence de l'École de commerce Solvay. Il quitte l'ULB en 1926 pour devenir le chef de cabinet du Roi Albert 1er. ↩
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Le terrain a été acquis et aménagé par la ville de Bruxelles, dont le territoire a été étendu pour l'y inclure, et « en a fait remise » à l'ULB en 1895 (E. Goblet d'Alviella, 1884-1909 : L'Université de Bruxelles pendant son troisième quart de siècle, op. cit., p. 39). Pour une étude approfondie, voy. L. Viré, « La “Cité scientifique” du Parc Léopold à Bruxelles 1890-1920 », Cahiers bruxellois, Revue d'histoire urbaine, 1974, XIX, pp. 86-180. ↩
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Pour une analyse très détaillée, voy. D. Warnotte, Ernest Solvay et l'Institut de Sociologie, Bruxelles, Bruylant, 1946, vol. 2. ↩
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C. Gülich, « Le râle de la coopération scientifique internationale dans la constitution de la sociologie en Europe (1890-1914) », Communications, 1992, vol. 54, pp. 105-117, ici p. 115. ↩
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F. Van Langenhoven, « L'Institut de sociologie Solvay au temps de Waxweiler », Revue de l'Institut de Sociologie, 1978, n° 3, pp. 229-261. ↩
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Dont il devint le secrétaire général et enfin le mémorialiste (D. Warnotte, Ernest Solvay et l'Institut de Sociologie, op. cit.). Il fut par ailleurs le directeur général du ministère du Travail et de la Prévoyance sociale, ainsi que de l'Institut international des sciences administratives, dont il dirigeait également le service de documentation. ↩
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K. Bertrams, « Notice biographique de “Georges De Leener” », in Biographie Nationale, Nouvelle série, t. 9, 2007, pp. 123-126. ↩
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En son sein se formèrent plusieurs générations d'intellectuels et de professeurs. Parmi eux, citons comme juriste, Maurice Bourquin, professeur de droit international à l'ULB puis à Genève et le grand collaborateur de Paul Hymans dans l'activité diplomatique qu'il déploya à Versailles et à la Société des Nations comme ministre des Affaires étrangères de la Belgique. Mais également, Georges Smets et surtout Eugène Dupréel, le philosophe et sociologue, chef de file de l'Institut et de l'École de Bruxelles dans l'entre-deux-guerres, de l'héritage de qui se réclameraient, après 1945, en brandissant fièrement l'étendard de l'École de Bruxelles, Doucy et Jane en sociologie, Perelman en philosophie et en droit. Les travaux de Perelman dans le domaine de la philosophie du droit et de l'argumentation juridique, menés en étroite collaboration avec certains professeurs et praticiens de la Faculté de droit, allaient renouveler considérablement la discipline et s'attirer une importante renommée internationale. Au premier rang de ces juristes se trouvait Robert Legros, professeur de droit pénal, premier président de la Cour de cassation, Commissaire royal à la réforme du Code pénal, et le maître notamment de Patrick Mandoux et de Marc Preumont. ↩
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Ce qui inclut les membres du premier Institut des sciences sociales et d'autres institutions encore, comme l'Institut de bibliographie de P. Otlet et H. La Fontaine. ↩
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