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title: 'De l''art d''écrire à l''art de lire : Le modèle straussien de l''interprétation'
author: Benoit Frydman
language: fr
date: 2001
canonical_url: https://benoitfrydman.com/fr/chapitre-douvrage/2001-de-l-art-d-ecrire-a-l-art-de-lire-le-modele-straussien-de-l/
doi: 10.4000/books.vrin.22443
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Existe-t-il un modèle straussien d'interprétation ? Léo Strauss
propose-t-il, dans *La persécution et l'art d'écrire,* un modèle
spécifique de lecture et de compréhension des textes et, dans
l'affirmative, quelles en sont la portée et les lignes de force ?

Deux raisons militent *a priori* en faveur d'une réponse positive.
La première tient à la nature même de la démarche de Strauss. Comme
l'écrivait Schleimacher, l'herméneutique est symétrique à la rhétorique,
puisque tout acte de compréhension est l'inverse d'un acte de parole. En
d'autres termes, pratiquer l'herméneutique revient en quelque sorte à
traiter un texte *comme* rhétorique. Dès lors, qui suppose un « art
d'écrire » suggère par là même un « art de lire ».

La seconde raison s'appuie directement sur les propos de Strauss, qui
insiste sur la nécessité d'établir les règles d'une *méthode*
spécifique pour aborder la lecture des grands textes du
passé[^1]. Il se distingue nettement sur ce point de Gadamer,
foncièrement hostile à toute approche méthodologique de la
compréhension[^2] résiste à toute tentative pour le travestir en méthode
scientifique ». -- *Adde* : *ibidem*, pp. 121 et 130.].
*Vérité et méthode* porte, on le sait, un titre ironique. Gadamer y
dénonce l'objectivation du rapport au texte, à quoi tendrait toute
méthode d'interprétation, comme la clé de voûte de l'historicisme que,
tout comme Strauss, il combat. Cette condamnation déborde même la
critique de la science moderne puisqu'elle s'étend jusqu'aux techniques
de l'ancienne herméneutique[^3]. Léo Strauss ne partage pas ce point de vue. Il se
prononce au contraire en faveur d'une « réflexion méthodique sur la
technique littéraire des grands écrivains des époques
antérieures[^4]».
Cette réflexion, note-t-il encore, « dépasse nécessairement les
frontières de l'esthétique moderne, et même de la poétique
traditionnelle[^5] ». Les principes de la méthode seraient enfouis, précise-t-il
incidemment, dans les écrits des rhéteurs de l'Antiquité et spécialement
dans l'argumentation juridique[^6], p. 57.]. Dans l'étude qu'il consacre au _Traité
théologico-politique_, Strauss se réfèrera d'ailleurs explicitement, et
par deux fois, aux ressources de la rhétorique judiciaire et aux
procédés d'avocats pour décoder le message de Spinoza[^7], pp. 250 et 261.].

De tels propos nous incitent à considérer les recherches compilées dans
*La persécution et l'art d'écrire* comme autant d'étapes de
l'élaboration et de l'application d'un modèle d'interprétation. Celui
qui entreprend d'en dégager les lignes de force se heurte pourtant
d'emblée à des difficultés inhérentes à la composition de l'ouvrage.
Strauss n'y développe à aucun endroit ses conceptions de manière directe
et systématique, mais seulement *en passant*, à l'occasion de leur
mise en œuvre, singulièrement dans l'analyse d'ouvrages qui proposent
eux-mêmes une méthode d'interprétation, comme le *Guide des égarés*
et le *Traité théologico-politique*.

Ce premier obstacle ne nous surprendra pas outre mesure tant il est
fréquent et même habituel que les traités d'herméneutique exposent leur
doctrine *à l'abri* ou *à l'encontre* d'un texte de référence.
Tantôt, le débat se focalise sur l'interprétation (au second degré) d'un
texte fixant d'autorité les canons de l'exégèse. En droit, par exemple,
quelques maximes romaines, placées en tête du *Digeste* du
*Corpus justinien*, ont alimenté les spéculations depuis le
XIIème siècle et été invoquées pour légitimer les théories les
plus diverses[^8].
Transcrites à peu près dans le *Code civil* français, où elles
figurent encore, elles constituent encore aujourd'hui le fondement légal
des règles d'interprétation appliquées par les cours et
tribunaux[^9]. Il arrive même que le
texte interprété fournisse lui-même le principe de son interprétation.
Ainsi, l'exégèse chrétienne fonde sa lecture de la Bible sur le célèbre
précepte de l'épitre aux Corinthiens, « la lettre tue mais l'esprit
vivifie », au motif qu' « il faut interpréter l'Ecriture par l'Ecriture
elle-même », maxime d'ailleurs empruntée à la tradition rabbinique, plus
tard reprise et détournée par Spinoza.

Tantôt, à l'inverse, une doctrine, adossée à la critique d'un modèle
perçu comme traditionnel ou dominant, se construit négativement par
opposition à cette *doxa* et puise dans ce conflit l'essentiel de
ses forces. Sans remonter aux intéressantes controverses
rabbiniques[^10], que l'on songe par exemple à l'exégèse chrétienne, issue d'une
triple polémique contre les Juifs, les païens et les hérétiques ; ou,
beaucoup plus tard, à la critique spinoziste, dirigée cette fois
explicitement contre Maïmonide et plus largement contre les docteurs de
la loi et de la foi de toutes obédiences \; ou, encore récemment, à la
dénonciation de la méthode philologique par le structuralisme, mais
aussi, dans une perspective différente, par l'ontologie herméneutique de
Gadamer et par Léo Strauss lui-même.

Globalement considérée, l'histoire des modèles d'interprétation prend
ainsi la forme à la fois d'une succession de querelles et d'une querelle
de succession[^11]. Ce double caractère n'est ni
anodin ni contigent. Le souci permanent de légitimation et l'âpreté des
disputes indique en réalité l'importance cruciale de l'enjeu. Le choix
d'un mode d'interprétation détermine en effet le rapport qu'une
civilisation ou une culture entretient à sa tradition, la compréhension
qu'elle a d'elle-même et donc finalement son sens[^12]. Le
« conflit des interprétations » comporte presque toujours de ce fait une
importante dimension politique. Pour revenir à Strauss lui-même, il
présente de préférence ses techniques de lecture à l'abri des médiévaux,
qui exercent une influence déterminante sur ses conceptions, ainsi que
l'a démontré Rémi Brague. En même temps, Strauss conçoit sa méthode
comme une *alternative* à l'historicisme règnant et l'objet d'un
combat, d'une polémique. Il doute d'ailleurs de pouvoir jamais réunir
l'accord des spécialistes autour de sa méthode[^13], p. 64.].

Une seconde difficulté, plus sérieuse, tient au caractère elliptique et
ambigu, voire contradictoire des considérations de méthode distillées,
en quelques courtes phrases fugitives, au fil de _La Persécution et
l'art d'écrire_. De la part d'un lecteur et d'un écrivain aussi attentif
et scrupuleux que Strauss, ces rugosités étonnent et doivent nous faire
soupçonner, d'après ses propres indications, qu'il ait pu lui-même
recourir à un art d'écrire pour exposer, tout en les dissimulant, les
principes subtils de sa lecture des classiques. Encore faudrait-il, pour
donner à cette hypothèse quelque apparence de fondement, que le recours
à un art d'écrire se justifie encore actuellement. Mais, précisément,
Léo Strauss laisse clairement entendre, dès le début de l'ouvrage, qu'il
en va bien ainsi, en raison de la censure ou de l'autocensure imposed
par le conformisme ambiant. Strauss serait donc lui aussi contraint de
recourir à la ruse pour contourner, sans les heurter de front, les
convictions vulgaires (entendez la *vulgate historiciste*), qui
tient le haut du pavé et se drape, pour asseoir son monopole, dans le
double manteau de la science et du bon sens. Le philosophe attribue en
outre à l'art d'écrire des vertus pédagogiques[^14], pp. 69-70.] car il encourage les jeunes
gens, ces « philosophes en herbe », ces « jeunes chiens de la race »,
qui multiplient les lectures à un rythme de plus en plus effréné, à
prendre le temps de choisir et d'interroger avec beaucoup de soin, dans
la jungle des écrits et des informations qui foisonnent de toutes parts,
quelques livres importants.

Pour surmonter ces difficultés, peut-être convient-il d'adopter à notre
tour la voie oblique en étudiant la méthode de Strauss au départ des
grands textes à l'encontre ou à l'abri desquels il en a conçu et
appliqué les principes. Nous procèderons pour ce faire en deux étapes.
Dans un premier temps, j'essaierai de mettre en évidence les enjeux
politiques et juridiques fondamentaux que Strauss a su percer à jour
dans la théorie moderne de l'interprétation, telle que Spinoza en
définit pour la première fois les bases dans le _Traité
téléologico-politique_. Dans la seconde partie, je dégagerai les grandes
lignes du modèle d'interprétation conçu par Strauss, par référence à ses
modèles médiévaux, comme une alternative à l'historicisme.

**I. Les enjeux politico-juridiques de l'herméneutique moderne :**

Spinoza est souvent présenté comme le précurseur de l'herméneutique
moderne, le fondateur de la méthode philologique, le premier apôtre de
l'historicisme. Cette filiation intéressante et sans doute exacte ne
doit cependant pas nous faire croire que l'entreprise du _Traité
théologico-politique_ serait principalement d'ordre philologique. Comme
l'écrit Strauss, « Spinoza donne dans le *Traité* les grandes
lignes d'une interprétation purement historique de la Bible. En fait,
son exposition très détaillée de règles herméneutiques pourrait sembler
avoir exclusivement pour fin d'ouvrir la voie pour une étude
désintéressée et historique de la Bible[^15], p. 259.] », à une « étude scientifique de la
Bible[^16] ». Cependant, cette étude n'est pour
Spinoza qu'une « *cura posterior* ». Son souci premier, observe
encore Strauss, est « d'engendrer un détachement par rapport à la
Bible[^17] ». L'objectif de Spinoza est avant tout
politique et juridique. Il veut certes séparer la philosophie de la
théologie et promouvoir le droit à philosopher librement. Mais sa
méthode d'interprétation tend avant tout, et réussira d'ailleurs après
bien des déboires, à désamorcer la puissance normative de la Bible. Il
s'agit de scier la branche sur laquelle les docteurs de la loi révélée
s'asseyent pour rendre leurs décrets, en sapant l'autorité de la Bible
comme source directe de normes obligatoires et par suite comme source
indirecte de pouvoir pour ceux qui font profession de la commenter.

Spinoza parvient à ce résultat par un procédé assez simple mais qui
détruit complètement l'économie de l'ancienne herméneutique. Il impose
une distinction entre le sens du texte et sa vérité, ou, pour parler
comme lui, entre le « vrai sens » et le « sens vrai », que ce dernier
soit défini par référence à la raison, à la tradition ou simplement à la
cohérence interne[^18]. Ce *distingo*, sacrilège en tant qu'il remet en cause
l'inspiration divine des Ecritures, jette à bas tout le système des
autorités, ces textes authentiques, c'est-à-dire officiellement tenus
pour véridiques[^19], sur lesquels se
fondaient, dans toutes les disciplines, la science scolastique.

Après avoir ainsi dissocié signification et vérité, le système du
*Traité*, dont Strauss démonte parfaitement le mécanisme, consiste
à identifier la signification au sens littéral et clair, expurgé de
toute addition et déformation, c'est-à-dire à revenir au sens
*original*, au sens *historique*, qui peut ensuite être
désinvesti comme un sens *dépassé*, *momifié*, dont on ne peut
plus guère tirer d'enseignement actuel et obligatoire[^20], pp. 210 et 259-261.]. Spinoza, pour le
bon motif certes, et toute la philologie moderne à sa suite,
neutralisent ainsi, sous le sceau de l'histoire, le potentiel de
création et d'actualisation du sens de l'herméneutique ancienne et
médiévale[^21].

Sur les plans politique et juridique, les implications du *Traité*
sont considérables. Elles doivent être mises en relation avec la
naissance simultanée du droit naturel moderne et du positivisme
juridique, bien étudiée par Léo Strauss dans _Droit naturel et
histoire_. La distinction entre le sens vrai et le vrai sens redouble en
effet celle entre droit naturel et droit positif et renforce leur
opposition. La recherche du « sens vrai » conduit aux systèmes
jusnaturalistes dont l'élaboration se conçoit *more geometrico*,
avec le secours de la seule raison humaine, en dehors de tout texte,
indépendamment de toute autorité, et vaut « quand bien même Dieu
n'existerait pas », suivant la formule déjà osée par Grotius. Quant à la
science du droit positif, elle sera désormais cantonnée à la recherche
du « vrai sens », du sens voulu par l'auteur du texte juridique,
c'est-à-dire par le Souverain[^22], 1994.33, pp. 59-83.]. Son interprétation sera délaissée par
Spinoza, à la suite de Hobbes, à l'autorité du Prince.

On connaît bien la suite de cette histoire, la victoire de courte durée
du droit naturel à la faveur des révolutions libérales et sa
« positivation » dans les constitutions et les codes[^23]. On
connaît peut-être moins l'évolution de l'interprétation juridique
moderne. Par une curieuse ironie de l'histoire, les juristes finiront
par souscrire à la méthode philologique, dont Spinoza avait pourtant
définit le principe *contre* l'interprétation politique et
juridique des textes. En Allemagne, cette conversion s'opère à
l'initiative de l'école historique du droit de von Savigny, dont les
liens avec la philologie sont bien établis[^24]. Beaucoup moins connue sans doute des philosophes, l'école
française dite de l'exégèse applique au même moment les règles
philologiques aux dispositions du Code civil. La _doctrine du sens
clair_ identifie le véritable sens du texte légal au sens littéral et
interdit toute interprétation supplémentaire (_Interpretatio cessat
in claris_). Le sens littéral est lui-même rapporté et réduit à la
volonté de l'auteur du texte, le mythique Législateur, dont l'intention
originale peut être scientifiquement déterminée par l'investigation
historique des travaux préparatoires. Dès le XIXème siècle, la
Cour de cassation entérine la nouvelle doctrine. Cette jurisprudence est
toujours en vigueur à ce jour et demeure la théorie officielle de
l'interprétation en droit français, comme dans beaucoup d'autres pays de
droit écrit. L'historicisme a désormais acquired force de loi.
Paradoxalement, la méthode mise au point pour reléguer un texte
juridique au rang de document littéraire, pour enrayer la machine
judiciaire à produire du sens, est devenue en moins de deux siècles la
règle de l'Etat de droit moderne. Non sans conséquences préjudiciables
pour la pratique politique et juridique de l'interprétation.

On se fera une idée plus concrète de l'effet dangereusement stérilisant
de cet historicisme juridique en analysant *more juridico* ses
effets potentiellement dévastateurs sur le terrain politique à
l'occasion d'un cas pratique, que j'emprunte à un épisode récent et
spectaculaire de l'histoire constitutionnelle de la Belgique.

En 1990, le Parlement belge, entérinant un difficile compromis entre les
partis chrétiens et laïques, vote un projet de loi qui dépénalise
partiellement l'avortement. Le Roi Baudouin, qui affiche depuis
longtemps ses convictions catholiques, avertit le Premier Ministre que
sa conscience s'oppose à ce qu'il signe, sanctionne et promulgue cette
loi, comme le prévoit la Constitution. Le Souverain invite dès lors le
Gouvernement à « trouver une *solution juridique* qui concilie le
droit du Roi de ne pas être forcé d'agir contre sa conscience et la
nécessité du bon fonctionnement de la démocratie
parlementaire[^25] ». Ce que fait le
Gouvernement. Recourant à l'article 82 (actuellement 93) de la
Constitution, il constate que le Roi se trouve dans « l'impossibilité de
régner ». Sur la base de l'article 79 (actuellement 90) de la
Constitution, le Conseil des Ministres exerce les attributions royales
et promulgue la loi litigieuse. Au moment où les Chambres se réunissent
pour pourvoir à la Régence, puisque le Roi est empêché, elles n'ont plus
qu'à constater que l'impossibilité de régner a pris fin. Les
Parlementaires entérineront cette solution, non sans renâcler et à
l'issue d'un vif débat, par 254 voix pour et 94 abstentions. Un tel
résultat, finalement consensuel, était loin d'être acquis, compte tenu
du long contentieux suscité dans le pays par la question de l'avortement
et de la fragilité du compromis politique qui avait été trouvé.

Après le vote des Chambres, tout rentre donc dans l'ordre. Ou plutôt,
tout rentrerait dans l'ordre si les plus éminents spécialistes du droit
constitutionnel, et à leur suite certains hommes politiques et la presse
d'opinion, n'avaient soulevé le caractère *inconstitutionnel* de la
solution mise en œuvre par les différentes branches du
pouvoir[^26]. Les juristes
critiquent l'interprétation gouvernementale, au nom des règles de
l'exégèse philologique, en estimant que l'utilisation de l'article 82
dénaturerait le « vrai sens » du texte constitutionnel. Il est vrai que
cette interprétation ne correspond pas à l'intention originale des
rédacteurs de la Constitution. En 1830, les membres du Congrès National
avaient en vue la situation critique provoquée en Angleterre par la
folie du roi George III, décédé dix ans auparavant. Ils voulaient régler
les effets d'une éventuelle impossibilité de régner consécutive à une
maladie, physique ou mentale. En attestent les termes mêmes de l'article
82 qui précisent que les Ministres « font constater » (entendez par un
médecin), et non pas constatent eux-mêmes, l'état dont le souverain est
la victime.

Une telle interprétation historicisante est, quoique l'on pense par
ailleurs de l'attitude du Roi des Belges et du Gouvernement dans cette
affaire, forcément dramatique pour le droit. Les textes juridiques ont
vocation moins à témoigner du passé qu'à résoudre les problèmes du
présent. Appliquée au droit, l'interprétation historique ôte sa vie et
son utilité au texte : elle l'empêche de fonctionner comme Constitution
vivante d'un Etat vivant. Elle va à l'encontre du génie juridique et
spécialement de la dynamique nécessaire de l'interprétation
constitutionnelle. L'histoire du droit en fournit d'ailleurs la preuve
sous la forme classique d'un précédent. En effet, l'article 82 relatif à
l'impossibilité de régner avait déjà été mobilisé dans le passé,
précisément en 1940, pour un motif qui n'avait rien de médical,
puisqu'il s'agissait pour les ministres en fuite à Londres, d'ôter ses
prérogatives au Roi Léopold III, demeuré volontairement en Belgique et
tombé ainsi « sous le pouvoir de l'envahisseur ». Cette solution avait
d'ailleurs été entérinée par la Cour de Cassation après la fin de la
guerre[^27]. Bien plus, l'impossibilité de régner
avait été maintenue jusqu'en 1950[^28], des motifs purement politiques, essentiellement l'hostilité
d'une forte minorité de la population, faisant obstacle au retour du
Roi, lequel devait finalement abdiquer au profit de son fils Baudouin.

En conclusion, et pour aller un peu vite, on peut ajouter aux analyses
de Strauss que non seulement, sur le plan théorique, l'historicisme se
détruit lui-même[^29], mais qu'en outre, sur le plan pratique, les règles de l'exégèse
philologique moderne ne peuvent conduire qu'à l'enrayement de la
mécanique juridique de production de sens et de normes, ajoutant encore
à la confusion et à la stérilité d'un positivisme privé de fondement.
Car les nécessités de la pratique juridique imposent de traiter le texte
de droit non à l'instar d'un document historique figé, mais comme une
source vivante de justice, ainsi que l'avaient parfaitement compris les
Anciens et les Médiévaux.



+ **Léo Strauss et l'herméneutique ancienne et médiévale :**


Dans une large mesure, on peut analyser le renouveau herméneutique
contemporain comme une tentative de retrouver, dans le rapport au texte,
la force dynamique et la fécondité pratique de l'herméneutique ancienne
et médiévale, assêchée par la philologie moderne. Strauss contribue à ce
mouvement en proposant, grâce à l'hypothèse plausible de l'art d'écrire,
un modèle original d'interprétation qui tente de conjuguer
harmonieusement la productivité des modèles anciens avec les rigueurs de
la science moderne. Ce modèle se rapproche en bien des points, dans sa
structure et ses techniques, d'une certaine herméneutique religieuse
(juive, musulmane et même chrétienne), à vocation philosophique, et
paraît susceptible de conduire à des résultats équivalents d'un point de
vue fonctionnel[^30] d'Averroès et bien sûr le _Guide des
Egarés_ de Maïmonide. D'un point de vue philologique, il est évident que
la culture juive et arabe a davantage influencé Strauss que
l'herméneutique chrétienne. Mais je ne me sens pas tenu par un tel
critère et privilégie, suivant une méthode qui m'est habituelle et
chère, la comparaison objective des modèles d'interprétation et de
l'économie du sens qu'ils proposent.]. Nous nous bornerons ici à en
esquisser à gros traits les lignes directrices :

+ Commençons par une affirmation surprenante, mais à laquelle il nous
  faut, pour cette raison même, conformément à la théorie de l'art
  d'écrire, accorder la plus grande attention. Dans l'article qu'il
  consacre au *Traité théologico-politique*, Strauss fait la
  supposition que « *le* vrai enseignement ne nous est accessible
  que par l'intermédiaire de certains vieux livres[^31], p. 218.] ». Le propos surprend, car il
  paraît contraire à la définition que Strauss donne de la philosophie
  selon son cœur : une réflexion directe sur les choses elles-mêmes. Il
  s'explique par le fait que la modernité nous a privés d'un accès
  direct à la signification originelle de la
  philosophie[^32]
  de sorte que « on ne peut avoir accès à la signification originelle de
  la philosophie que par le rappel de ce que signifiait la philosophie
  dans le passé, c'est-à-dire pratiquement _par la seule lecture
  des vieux livres_[^33] ». Strauss renoue ainsi avec
  l'approche herméneutique de la philosophie, caractéristique de la
  spéculation médiévale.

**\2.** Strauss affirme ensuite la nécessité, pour accéder à la
pleine signification d'un texte, de s'y investir entièrement. Et pour
disposer de la motivation indispensable à un tel investissement, il faut
absolument, au contraire des prescrits de l'historicisme, supposer que
le « vrai sens » du texte délivre aussi un « sens vrai », en d'autres
termes que le texte témoigne valablement de la vérité[^34], p. 215.]. Cette supposition
indispensable qu'évoque Strauss a pour équivalent fonctionnel, dans
l'herméneutique médiévale, le postulat de l'inspiration divine des
Ecritures, qui garantit leur perfection, et plus largement la valeur
authentique accordée aux textes revêtus de l'*auctoritas*.

**\3.** Venons-en à présent au *leitmotiv* de la « lecture
soigneuse[^35] »,
à laquelle Strauss nous invite avec tant d'insistance. Cette
recommandation fait écho à l'invitation si fréquente dans les traités
d'herméneutique de scruter avec la plus grande attention le texte des
Ecritures. Chez les Pères de l'Eglise, qui s'inscrivent sur ce point en
continuité avec la tradition juive, la lecture soupçonneuse est la
contrepartie de *l'obscurité* prêtée au texte biblique. Comme le
note Léo Strauss, à propos de Maïmonide cette fois, la Bible représente
pour les Anciens le modèle même du livre
*ésotérique*[^36]. Le modèle ancien du *texte obscur* se situe à l'exact opposé
de la doctrine moderne du *sens clair*. Les ouvrages
philosophiques, à l'interprétation desquels s'attelle Strauss, ne
relèvent pas de la catégorie des « livres intelligibles » évoqués par
Spinoza, transparents à leur contenu, immédiatement et pleinement
accessibles, mais bien à l'autre catégorie, celle des « livres
hiéroglyphiques », qui nécessitent des méthodes d'investigation plus
sophistiquées. Strauss rejoint encore ses prédécesseurs lorsqu'il met en
exergue le caractère *délibéré* de l'obscurité du texte. Dans le
*Peri Archon*, Origène explique ainsi que l'Esprit s'est proposé
pour but dans l'Ecriture de révéler les mystères tout en les recouvrant
d'un « voile corporel ». D'après Strauss, qui utilise également à
plusieurs reprises la métaphore du voile et du dévoilement, c'est le
risque de la persécution qui a contraint les philosophes à emprunter des
techniques d'écriture tortueuses. Dans un cas comme dans l'autre, il
s'agit, comme on l'a déjà noté, de stimuler l'effort et l'intelligence
dans l'éducation. L'obscurité de l'Ecriture est un appel à
l'intelligence, écrit Origène. Il stimule l'interprète, ajoute Augustin
dans la *Doctrine chrétienne*, en lui montrant la nécessité et le
plaisir de l'effort. En outre, il dissimule la vérité aux indignes, aux
adversaires comme au vulgaire.

**\4.** Les thèmes de l'obscurité et de la persécution conduisent
dès lors tant Strauss que ses prédécesseurs à organiser l'économie du
sens sur la base commune d'un *double niveau* de signification. Les
deux niveaux ne sont égaux ni en dignité ni en intérêt et leurs
destinataires respectifs divergent également. Le premier niveau, le sens
*apparent* ou *obvie*, est soit banal, soit faux et en tous
cas destiné au vulgaire. Mais il dissimule, sous l'épaisseur de sa
lettre, un sens profond et caché que Strauss, tout comme Averroès et
Maïmonide, réserve aux philosophes et aux philosophes en herbe qui s'en
montreront dignes[^37]. Ce second niveau de lecture, le sens *caché*, est
infiniment supérieur au premier. Comme l'écrit Strauss, à propos des
grands textes ésotériques, « leur beauté visible est d'une laideur
consommée comparée à la beauté de leur *trésor* caché qui ne se
*dévoile* qu'après un travail très long, jamais facile, mais
toujours agréable[^38] ». La théorie du double niveau de
signification fait écho, une fois de plus, à l'herméneutique religieuse,
et d'abord à l'exégèse chrétienne, tout entière structurée par la
distinction *asymétrique* entre « la lettre et l'esprit », le sens
littéral et figuré, c'est-à-dire le sens historique ou légal, d'une
part, et, de l'autre, les sens spirituel, moral et
eschatologique[^39]. La même bipartition se
retrouve chez Averroès et encore chez Maïmonide, qui compare, par
référence à un verset des *Proverbes*, les paroles de l'Ecriture à
« des pommes d'or dans un filet d'argent ». Un filet d'argent à mailles
serrées symbolise le sens littéral, qui dissimule mais permet néanmoins
aux regards les mieux aiguisés d'entrevoir le sens plus plein, plus
riche et plus juteux promis par les pommes d'or[^40].
Tandis que le sens littéral, seul accessible au vulgaire, énonce la
« science de la loi » dans sa dimension pratique (*talmud, ficq*),
le sens secret, réservé aux « hommes de science profonde », déploie la
« vraie science » dans toute son étendue, c'est-à-dire la connaissance
des étants et la révélation de certains mystères.

**\5.** Reste à indiquer à l'interprète par quel moyen accéder à ce
sens profond, secret, dissimulé et disséminé dans le texte. Ici encore
Strauss rejoint les maîtres de l'exégèse ésotérique en adoptant ce que
l'on pourrait appeler la technique de *l'indice déclencheur*. Il
est indispensable que l'interprétation s'appuie sur les « énoncés
explicites de l'auteur[^41] », c'est-à-dire sur le texte lui-même, tel qu'il se présente,
dans sa totalité et sans interpolation[^42], II, 4. **--** L. Strauss : « On n'est pas autorisé à
supprimer un passage, ni à en corriger le texte avant d'avoir pleinement
envisagé toutes les possibilités raisonnables de le comprendre tel qu'il
est - l'une de ces possibilités étant que ce passage soit ironique »
(*La persécution et l'art d'écrire*, p. 63).]. Il faut donc que le
lecteur attentif découvre, dans la trame même du texte à interpréter,
dans sa texture apparente, un signe qui lui indique ou, à tout le moins,
lui permette de soupçonner l'existence d'une autre signification que
celle qui s'offre ouvertement à lui. Selon Strauss, qui se réfère
explicitement sur ce point à Maïmonide, le sens caché se dissimule et se
révèle à la fois sous les formes soit d'une allégorie, c'est-à-dire
d'une image ou même, si l'on suit Averroès, d'une figure (au sens
technique de la rhétorique) ; soit d'une énigme, c'est-à-dire d'une
contradiction interne. Strauss se concentre plus volontiers sur les
secondes. Il traque inlassablement ce qu'Origène appelait les « pierres
d'achoppement » ou les « passages impossibles » (*adunata*) et
qu'il nomme lui-même des « faux pas » (*blunders*), à savoir les
rugosités du texte, non seulement les contradictions, mais aussi les
imperfections apparentes et les maladresses de composition. Autant
d'erreurs bien improbables dans le chef d'écrivains aussi « soigneux »,
qui ont en réalité pour fonction d'attirer l'attention du lecteur
perspicace, de lui faire soupçonner la présence en filigrane d'un autre
message, voire de lui en livrer la clé, de l'inviter à tout cas à une
autre lecture.

**\6.** Quant à la gestion des contradictions qui ont ainsi été
mises à nu par la lecture soigneuse, Strauss se distingue cette fois
nettement de ses modèles médiévaux et en particulier des techniques
d'interprétation conciliante si chères à la scolastique[^43]. Bien que la volonté de conciliation
apparaîsse également dans l'enseignement exotérique d'Averroès et de
Maïmonide, Strauss ne veut y voir (au moins pour le second) qu'une ruse
supplémentaire destinée à égarer les censeurs. Selon lui, le sens
second, profond, secret, proprement philosophique, remplace et annule le
sens apparent, conforme à la *doxa*, qu'il nie le plus souvent.
Pour l'auteur de *La persécution et l'art d'écrire*, c'est le sens
le plus rare, le plus implicite, le plus éloigné de l'opinion du
vulgaire qu'il convient de privilégier[^44], pp.111-113.], comme correspondant au message réel de
l'ouvrage. Aurait-il été conforme, voire simplement compatible avec
l'opinion commune, l'auteur n'aurait pas mis tant d'efforts à le
dissimuler.

Si le modèle straussien se révèle ainsi proche de l'herméneutique
médiévale, il s'en écarte cependant sur un point décisif. Strauss
choisit en effet, peut-être pour des motifs stratégiques, de placer sa
théorie de l'interprétation dans un cadre moderne, en sacrifiant à
*l'auteur*, c'est-à-dire au concept central, au véritable point
d'archimède de l'historicisme[^45], dont il
prétend pourtant combattre l'influence. Il semble cependant que Strauss
ne cède sur ce point à l'historicisme que pour mieux lui résister et
neutraliser à son tour les effets pervers du concept d'auteur. Il se
refuse en particulier à tout psychologisme, subordonnant ce qu'il
appelle, dans une terminologie à dire vrai assez confuse, l'explication
à l'interprétation et l'implicite à l'explicite. Mais, en définitive,
c'est bien la notion moderne d'auteur que Strauss utilise lorsqu'il
impute l'existence d'un sens caché à la pratique d'un « art d'écrire »,
c'est-à-dire à la volonté délibérée d'un écrivain dans un contexte
historique de persécution. La force du modèle straussien et la séduction
qu'il exerce tient d'ailleurs à ceci que, tout en rapportant le sens
authentique du texte à la volonté consciente de son auteur, il vaccine
l'interprétation, grâce à l'hypothèse de l'art d'écrire, contre les
effets stérilisants de l'historicisme, en restituant aux textes anciens
une partie au moins de leur efficacité pratique.

Cette portée pratique généreusement prêtée au modèle straussien
d'interprétation suscite néanmoins une objection sérieuse, que je
tenterai de rencontrer en guise de conclusion. Certains ne manqueront
pas en effet d'observer que l'analyse qui précède tend à conférer à ce
modèle une portée politique et juridique à laquelle il ne prétend
aucunement. Bien plus, Strauss lui-même, dans la lecture qu'il consacre
au *Guide des égarés*, indique que, sous le couvert obligé d'un
discours juridique et politique, de portée secondaire, c'est un message
philosophique, d'une autre nature, qui constitue le sens éminent et
caché de l'ouvrage[^46]. Le philosophe recherche une interprétation vraie,
et non seulement juste ou pieuse, bref une interprétation plus théorique
que pratique.

Mais, par ailleurs, Strauss s'intéresse bien à la philosophie
*politique*. Il insiste sur la dimension politique des oeuvres
qu'il étudie[^47] à propos du projet de Spinoza dans le _Traité
théologico-politique_.]. Et c'est bien cet héritage politique que
« l'art de lire » straussien a pour objet de transmettre et de
perpétuer. Pour résoudre l'aporie, il suffit peut-être de renoncer à la
distinction suspecte entre une herméneutique de la vérité et une
herméneutique de la justice. Dans *Droit naturel et histoire*,
Strauss consacre un chapitre entier, à propos de Weber, à critiquer la
distinction moderne entre faits et valeurs. Il montre de manière
convaincante que le droit naturel des classiques s'inscrit dans une
nature des choses valorisée, qu'il appartient donc à la fois à
l'ontologie des faits et à la téléologie des valeurs, qu'il possède une
double portée à la fois théorique et pratique, qu'il prétend d'un même
mouvement à la vérité et à la justice. Pour les philosophes classiques,
la distinction entre vérité et justice n'était probablement pas
pertinente. Pourquoi Strauss ne suivrait-il pas, sur ce point aussi,
leur enseignement ? Il n'est donc pas interdit de penser que la
recherche philosophique, qui est au cœur de la démarche de Strauss,
revêt également une portée politique. Strauss s'inscrirait ici une fois
encore dans la ligne tracée par les classiques qu'il admire. Et sa
méthode d'interprétation contribuerait sciemment à redonner force et vie
à leurs textes..

Certes, dans l'appendice de _La persécution et l'art
d'écrire_[^48], Strauss critique sans concession un certain livre de Wild
qui, sous le prétexte d'enrôler Platon dans des discussions étrangères à
son œuvre, défigure complètement celle-ci[^49], p.306 et svtes.]. Pourtant, à le lire attentivement,
ce que Léo Strauss reproche principalement à l'entreprise, c'est moins
son principe que le fait d'avoir « grossièrement échoué », fournissant
ainsi des armes aux ennemis de la pensée politique platonicienne. Dans
le même temps, Strauss reconnaît que le livre pose, sans s'en rendre
compte d'ailleurs, une question fondamentale qui elle doit être sauvée
du mépris que mérite l'ouvrage[^50], p. 317.]. Cette question fondamentale, que les toutes
dernières lignes de *La persécution et l'art d'écrire* évoquent
sans toutefois la formuler, ne serait-elle pas précisément celle de la
possibilité d'une herméneutique moderne, alternative à l'historicisme
régnant, qui nous permettrait de rendre leur efficace à la pensée
politique des classiques ?

---

[^1]: Par exemple, à propos du *Guide des égarés* : « Afin
de parvenir à des *règles* qui nous libèrent de la pénible
nécessité de faire des conjonctures sur les pensées secrètes de
Maïmonide, nous devons prendre un nouveau départ... » (L. Strauss,
*La persécution et l'art d'écrire*, Paris, Press Pockett, 1989,
p.103, souligné par moi, ainsi que les règles effectivement développées
dans la foulée).
[^2]: *Vérité et méthode*, Paris, Seuil, 1976, p.
xxv : « Ainsi par son origine déjà, le problème de l\'herméneutique
outrepasse les limites posées par l\'idée de méthode telle que la
conçoit la science moderne » et encore « \[Le phénomène de
compréhension\
[^3]: *Vérité et méthode*, Paris,
Seuil, 1976, p. xiv : « Une 'technologie' de la compréhension, telle que
l\'herméneutique ancienne a voulu l\'être, est étrangère à mon projet;
je ne me suis pas proposé un système de règles techniques, susceptible
de décrire, encore moins de guider, le comportement méthodologique des
sciences humaines (*Geisteswissenschaften*). -- *Adde *: p.
xxvii, où Gadamer distingue nettement son projet de l'ancienne
herméneutique.
[^4]: *La persécution et l'art d'écrire*, p. 64.
[^5]: *La persécution et l'art d'écrire*, pp.
64-65.
[^6]: _La persécution et l'art
d'écrire
[^7]: _La
persécution et l'art d'écrire
[^8]: Depuis la « redécouverte » du droit romain, les
glossateurs et leurs successeurs ont tenté de découvrir la clé ou le
système de cette compilation de maximes disparates empruntées à des
consultations juridiques particulières et souvent proches des
*topoï* des traités de rhétorique relatifs à l'interprétation.
[^9]: Il s'agit des articles 1156 à 1164 du Code civil, qui
ont été copiés du *Traité de la vente* de Pothier, qui lui-même
avait traduit les maximes du *Digeste*.
[^10]: La tradition talmudique connaît deux grandes séries
de directives d'interprétation juridiques : les sept « règles » de R.
Hillel et les treize « mesures » de R. Ishmaël. Les premières furent
énoncées à l'occasion du conflit majeur entre les écoles de Hillel et de
Shammaï sur l'interprétation large ou stricte de la *Tora *\; la
seconde à la faveur de la controverse entre R. Ishmaël et R. Akiba sur
la question de savoir si la *Tora* parle ou non le langage des
hommes.
[^11]: Pour une vision d'ensemble de cette histoire de
l'interprétation faite de conflits et de ruptures, voyez mon ouvrage
*Les modèles juridiques d'interprétation*, Paris-Bruxelles,
L.G.D.J.-Bruylant, à paraître en 2001.
[^12]: Nous avons
écrit ailleurs que l'interprétation réfléchit, au double sens où elle
pense et elle reflète les rapports quune culture entretient à elle-même
et aux autres cultures avec lesquelles elle entre en contact.
[^13]: _La
persécution et l'art d'écrire
[^14]: _La
persécution et l'art d'écrire
[^15]: _La persécution et
l'art d'écrire
[^16]: *Ibidem*.
[^17]: *Ibidem*.
[^18]: *La persécution et l'art d'écrire*, p.
\208.
[^19]: Comparez avec le statut juridique actuel de
l'acte authentique (jugement, exploit, minute, …), dont les
constatations font foi jusqu'à inscription de faux.
[^20]: _La
persécution et l'art d'écrire
[^21]: Sur l'effet neutralisateur de l'historicisme :
*La persécution et l'art d'écrire*, p. 65.- Sur la critique et les
effets de l'historicisme : *La persécution et l'art d'écrire*, pp.
92, 215, 221-223.
[^22]: Sur les croisements des concepts
d'auteur et de législateur, v. B. Frydman, « Philologie et exégèse : un
cas d'herméneutique comparée », _Revue interdisciplinaire d'études
juridiques
[^23]: Les
constitutions libérales inscrivent dans des textes les droits naturels
de l'homme et les principes rationnels du contrat social. La
codification napoléonienne parachève la « mise en ordre » des règles
entreprise dès le 17ème siècle par Domat et Leibniz.
[^24]: Voyez sur cette
question les excellents travaux de A. Dufour, notamment ceux recueillis
*in Droits de l\'homme, Droit naturel et Histoire*, PUF, Paris,
\1991.
[^25]: Lettre du 30 mars 1990, du Roi Baudouin au
Premier Ministre Martens. C'est moi qui souligne.
[^26]: En ce sens, de manière très mesurée dans le ton mais
très argumentée sur le fond : R. Ergec, « L'institution monarchique à
l'épreuve de la crise* », Journal des Tribunaux*, 1990,
pp.265-267.- Comp. Ph. Lauvaux qui dans *Le Soir* du 5 avril 1990
ne constate qu'un détournement de procédure.- Par contre, le sénateur R.
Lallemand approuve la procédure choisie (« La conscience royale et la
représentation de la nation. Réflexions à propos d'une crise »,
*Journal des Tribunaux*, 1990, pp. 465-469).
[^27]: Cass., 27 mai 1946, *Pas.*, 1946, I, 222 et 3 mars
1947, *Pas.*, 1947, I, 94.
[^28]: Le Prince Charles, frère de
Léopold III, avait été désigné comme régent par les Chambres dès la
libération en 1944, tandis que le Roi Léopold était emmené en
Allemagne.
[^29]: *La persécution et l'art d'écrire*, p.
\222.
[^30]: Nous limiterons ici notre comparaison à
quelques ouvrages essentiels soit, dans l'ordre chronologique, le
*Traité des principes* d'Origène, la *Doctrine chrétienne*
d'Augustin, le _Discours décisif sur l'accord parfait entre la
révélation et la philosophie
[^31]: _La
  persécution et l'art d'écrire
[^32]: *La persécution et l'art d'écrire*, p. 221.
[^33]: *La persécution et l'art d'écrire*,
  pp. 221-222, souligné par moi.
[^34]: _La
persécution et l'art d'écrire
[^35]: *La persécution et l'art d'écrire*, p. 207.
[^36]: *La persécution et l'art d'écrire*, p.
\98.
[^37]: *La persécution et l'art d'écrire*, pp.
69-70.
[^38]: *La persécution et l'art d'écrire*, p.
\70. C'est moi qui souligne.
[^39]: Le livre IV du *Traité des principes*
d'Origène se laisse résumer en une exhortation à dépasser le sens
littéral, qui est soit faux, soit impossible, soit simplement
informatif, mais en tous cas incohérent et par trop rattaché à la
dimension déchue du corps, pour tendre vers un sens « digne de Dieu » et
accéder aux réalités spirituelles dans leur vérité et leur cohérence.
Origène utilise d'ailleurs lui aussi l'image du « trésor caché dans un
champ » (*Traité des principes*, III,11).
[^40]: Léo Strauss
évoque lui aussi l'attrait chez le jeune lecteur de la « vision fugitive
du fruit défendu » (*La persécution et l'art d'écrire*, p. 58).
[^41]: *La persécution et l'art d'écrire*,
p. 63.
[^42]: _Traité des
principes
[^43]: Notons
sur ce point la rencontre objective de Strauss avec Augustin, qui estime
lui aussi, dans la *Doctrine chrétienne*, encore que pour des
motifs très différents, que le sens second annule et remplace purement
et simplement le sens littéral.
[^44]: _La persécution et
l'art d'écrire
[^45]: Que l'on songe seulement à
l'importance que prend dans le *Léviathan* de Hobbes et le
*Traité théologico-politique* de Spinoza, la question de savoir
quels sont les véritables auteurs des différents livres saints
[^46]: *La persécution et l'art d'écrire*,
pp.100 et 117-131.
[^47]: Tout particulièrement, dans _La persécution
et l'art d'écrire,
[^48]: Cet appendice est absent de l'édition originale
américaine.
[^49]: _La persécution
et l'art d'écrire
[^50]: _La persécution et _______________
