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title: Pourquoi les démocraties triomphent des dictatures
author: Benoit Frydman
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La débandade de l'armée russe à Kharkiv et la stratégie ingénieuse qui
l'a provoquée offrent une illustration spectaculaire de la supériorité
de la démocratie sur la dictature. Ce principe éclaira pour la première
fois l'histoire du monde à la bataille de Marathon où la jeune
démocratie athénienne tint en échec les troupes de l'immense empire
perse de Darius. Pour être de bon compte, souvent aussi les forces
autoritaires ont écrasé les démocraties, même si en Europe, au
20e siècle, elles ont toujours été vaincues qu'il s'agisse de
Mussolini ou d'Hitler et même finalement de l'Union soviétique qui finit
par s'écrouler en 1991, faisant ainsi renaître une Ukraine indépendante.

Quelle raison explique que ces régimes démocratiques, si faibles en
apparence qu'ils nourrissent en leur sein ceux-là mêmes qui veulent les
détruire, finissent souvent par en triompher, parfois au prix le plus
élevé ? Elle tient à leurs modèles politiques. Dans la dictature, tout
remonte à la volonté du chef suprême qu'il s'agisse du commandement
militaire où aucune initiative n'est laissée aux subordonnés ou de la
politique où seule peut s'exprimer le discours du pouvoir et sa vérité,
même et y compris scientifique. Tandis que dans les régimes
démocratiques, fondés sur les libertés individuelles et associatives, la
libre entreprise, la libre expression et la libre recherche
scientifique, l'absence de commandement absolu et centralisé laisse sa
place aux initiatives opportunistes ou idéalistes qui feront la
différence, c'est-à-dire apporteront, par la concurrence ou la
collaboration, l'innovation dans la découverte scientifique, le débat
politique et l'ingéniosité stratégique.

Ainsi, l'opposition que nous vivons, avec inquiétude pour beaucoup de
nos concitoyens, entre le « modèle » russe ou chinois, qui juge
l'Occident « décadant » et les valeurs de l'état de droit démocratique
des États de l'Union européenne, est très loin de tourner à notre
désavantage. L'exemple de l'Ukraine, qui résiste au plus grand pays du
monde et à son armée, jusqu'il y a peu très redoutée, au nom d'un projet
démocratique et d'une candidature à l'Union européenne, nous apporte la
confirmation la plus éclatante -- d'une preuve donnée il y a deux
siècles par les révolutions américaine, française ou belge - qu'une
vraie Nation se forme plus solidement sur un projet politique de liberté
et de justice, que sur des identités ethniques ou linguistiques. Le
président Zelinsky, qui ne parlait jusqu'il y a peu que le russe comme
une partie de ses compatriotes, n'en a pas moins refusé le taxi des
Américains pour se battre aux côtés de son Peuple pour l'idée d'un état
de droit démocratique européen, qui rejette le panslavisme et l'empire
russophone que tente vainement d'imposer un Poutine en fin de course.

Une leçon à méditer par ceux qui parmi nous parfois doutent et par les
nationalistes identitaires d'ici et d'ailleurs. Car l'intelligence
collective toujours vaincra la folie d'un seul.

Benoit Frydman

