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title: 'Exégèse et Philologie : Un cas d''herméneutique comparée'
author: Benoit Frydman
language: fr
date: 1994
canonical_url: https://benoitfrydman.com/fr/article-de-revue/1994-exegese-et-philologie-un-cas-d-hermeneutique-comparee/
doi: 10.3917/riej.033.0059
pdf_url: https://benoitfrydman.com/assets/pdf/frydman-b-1994-exegese-philologie-cas-hermeneutique-edition.pdf
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> "Saisie à son apogée, la compréhension parfaite consiste à mieux comprendre celui qui discourt qu'il ne s'est lui-même compris"



Schleiermacher

Cet article a pour objet de mettre en évidence les relations étroites
entre la théorie dominante de l\'interprétation juridique au xixe
siècle, connue sous le nom d\'Ecole de l\'exégèse, et la méthode
philologique qui s\'institutionnalise durant la même période dans le
domaine des études littéraires, théologiques et philosophiques.

L\'oeuvre des grands commentateurs du Code civil, dont un portrait
sévère et peu nuancé avait été tracé par Gény et les partisans de la
\"libre recherche scientifique\"[^1], Paris, L.G.D.J., 1ère éd. 1899, 2ème éd. 1919,
spécialement les deux premières parties ainsi que la préface de
Saleilles. - J. Bonnecase, _L\'école de l\'exégèse en droit civil,
Les traits distinctifs de sa doctrine et de ses méthodes d\'après les
professions de foi de ses plus illustres représentants_, Paris, de
Boccard, 2ème éd. 1924. - H. de Page, _De l\'interprétation des
lois : contribution à la recherche d\'une méthode positive et théories
en présence_, Bruxelles, Paris et Lausanne, 1925, réédité chez Swinnen,
Bruxelles, 1978. - Plus modérément : J. Charmont et A. Chausse, \"Les
interprètes du Code civil\", in _Le Code civil 1804-1904. Le livre
du centenaire_, t. ie, Paris, 1904. - Gaudemet, _L\'interprétation
du Code civil en France depuis 1804_, Paris, 1935.], suscite un regain
d\'intérêt dont témoignent plusieurs études[^2], 1982, 254-262; repris dans *Droits*, 1985, 115-123. -
A. Desrayaud, \"Ecole de l\'Exégèse et interprétations doctrinales de
l\'article 1137 du Code civil\", _Revue trimestrielle de droit
civil_, 1993, 535. - Kanayama, \"Les civilistes français et le droit
naturel au xixe siècle. A propos de la prescription\",
*R.H.F.D.*, 1989.VIII, p. 129.- L. Husson, \"Analyse critique de la
méthode de l\'exégèse\", *Archives de philosophie du droit*, 1972,
t. XVII : *L\'interprétation dans le droit*, p. 125 et \"Examen
critique des assises doctrinales de l\'école de l\'exégèse\",
*Revue trimestrielle de droit civil*, 1976, p. 431. - Chaïm
Perelman, *Logique juridique*, Paris, Dalloz, 2ème éd. 1979, spéc.
n. 16 à 30, p. 23 à 50. - F. Ost et M. van de Kerchove, _Entre la
lettre et l\'esprit. - Les directives d\'interprétation en droit_,
Bruxelles, Bruylant, 1989, spéc. p. 86 à 102 : étude du \"modèle
exégétique\".]. Dans le mouvement initié par \"l\'Eloge de l\'exégèse\"
de Philippe Rémy, certains travaux vont jusqu\'à mettre en cause
l\'existence d\'une méthode spécifique et même de l\'Ecole exégétique en
tant que telle[^3] tandis que d\'autres
soulignent, à l\'inverse, la philosophie commune qui anime les
différents auteurs[^4], Paris, PUF, 1975, col.
Sup. le juriste, vol. 7.].

Pour éclairer ce débat, il est utile de resituer dans leur contexte
historique les théories des civilistes du xixe siècle relatives à
l\'interprétation en les comparant à celles de leurs contemporains qui,
dans d\'autres disciplines, sont également confrontés à des problèmes de
compréhension des textes. Car, si l\'interprétation joue un rôle
essentiel en droit, il n\'en va pas autrement pour les sciences humaines
constituées au siècle dernier, qu\'on a pu qualifier, à la suite de
Dilthey, de \"sciences herméneutiques\"[^5], Paris, Seuil, 1976 (trad. partielle de
la 2ème édition de 1965), spéc. iie partie. - Comp. M. Foucault :
\"Interpréter et formaliser sont devenues les deux grandes formes
d\'analyse de notre âge : à vrai dire nous n\'en connaissons pas
d\'autres\" (*Les mots et les choses*, Paris, Gallimard, 1966, col.
\"Tel\", p. 312).]. La période traditionnellement assignée en droit à
l\'Ecole de l\'exégèse (1804-1890) est marquée ailleurs par la montée en
puissance d\'une nouvelle discipline \"scientifique\", la Philologie,
dont les méthodes remplacent celles de l\'herméneutique traditionnelle
dans l\'interprétation des Ecritures bibliques et des monuments de
l\'Antiquité[^6], Paris, Seuil, 1978, p. 125-156.]. On peut citer parmi
les représentants de cette école d\'origine allemande F.A. Wolf, F. Ast,
A.W. Boeckh[^7], Berlin, 1807 et _Vorlesungen über die
Altertumswissenschaft_, Leipzig, 1831. - F. Ast, _Grundriss der
Philologie_ et *Grundlingen der Grammatik, Hermeneutik und Kritik*,
Landshut, 1808. - A. W. Boeckh, _Encyclopädie und Methodologie der
philologischen Wissenschaften_, Leipzig, 2è éd., 1886.] et surtout
F.D.E. Schleiermacher dont l\'*Herméneutique générale* demeure un
classique[^8]. La
méthode philologique s\'exporte et investit progressivement l\'ensemble
du champ des études littéraires. Sainte-Beuve, Renan et Taine rêvent en
France d\'une critique littéraire scientifique, construite sur de
rigoureux déterminismes historiques et psychologiques. Gustave Lanson
sera l\'un des meilleurs artisans de cette transposition, mâtinée de
sociologie[^9], Paris, 1925 et _Essais de méthode, de critique et
d\'histoire littéraire_ (rassemblés et présentés par Henri Peyre),
Paris, Hachette, 1965. - Sur l\'impact de la méthode philologique dans
les études littéraires anglo-américaines : R. Warren et A. Wellek,
*La théorie littéraire*, Paris, Seuil, 1971 (trad. de la 3ème éd.),
p. 54-63.]. Ses travaux dans le domaine de l\'histoire littéraire
moderne française exerceront longtemps une influence considérable dans
l\'enseignement des lettres, jusqu\'à ce qu\'ils soient pris pour cible
par la nouvelle critique d\'inspiration structuraliste.

Dans la première partie, le lecteur pourra comparer par lui-même les
écrits des philologues et des jurisconsultes dits de l\'Exégèse qui
définissent leurs méthodes d\'interprétation respectives (I). Sur cette
base, les lignes directrices d\'une stratégie d\'interprétation commune
pourront être définies (II) avant de mesurer la distance qui sépare
celle-ci de la pensée contemporaine (III).

**<span class="underline">I. RAPPROCHEMENT DES TEXTES**</span> :

**\1. Le texte authentique. -** On a à maintes reprises souligné,
parfois en termes péjoratifs[^10],
l\'attachement des commentateurs du Code civil au texte de la loi. Le
respect par le commentaire du Code jusque dans l\'ordre de ses articles
caractérise d\'ailleurs primitivement la méthode
exégétique[^11], 1842, préface, p. 13).]. Il est lié à l\'impressionnant travail
de codification qui substitue à la dispersion des sources de l\'ancien
droit, à la variété des coutumes, aux incertitudes des ordonnances et
édits royaux soumis aux aléas de l\'enregistrement, aux formules vagues
du droit naturel, le texte officiel et certain, unique et stable de la
loi[^12]. Pour la première fois depuis longtemps,
la doctrine travaille sur des données sûres, qu\'elle entend conserver
telles. Les auteurs portent une attention particulière aux formalités
d\'entrée en vigueur de la loi. En outre, un net revirement doctrinal
s\'opère au sujet de l\'abrogation tacite des lois par désuétude ou
caducité de leur cause : classique dans l\'ancien droit, elle est encore
admise par Toullier et Duranton[^13], t. I, Bruxelles, Wahlen,
1845, § 153, p. 35-36. - Duranton, _Cours de droit civil suivant le
code français_, 4ème éd., t. I, Bruxelles, 1841, § 107-108, p. 23-24. -
Adde. Delisle, *Traité de l\'interprétation juridique*, t. I,
Paris, Coste, 1849, § 42-43, p. 99-112.] mais fermement rejetée par
Aubry et Rau, Demolombe et
Baudry-Lacantinerie[^14], 5ème éd., t. I, § 29, p. 98-100. - Demolombe,
*Cours de Code Napoléon*, 3ème éd., Paris, 1865, t. ie, § 35, p.
37-39. - Baudry-Lacantinerie, *Précis de droit civil*, t. ie,
10ème éd., Paris, 1908, § 42, p. 25.]. Le positivisme juridique peut
venir qui identifie strictly le droit en vigueur aux textes
promulgués par l\'autorité compétente[^15].

Dans un contexte tout-à-fait différent, le respect du texte caractérise
aussi au plus haut point l\'école philologique. Les savants
s\'attachent, par un travail critique sans précédent, à restaurer les
textes légués par la tradition, qu\'il s\'agisse des Ecrits religieux ou
de l\'Antiquité greco-latine, dans leur version authentique
c\'est-à-dire originale[^16] : on compare les différentes \"leçons\"
(variantes) des manuscrits, on déniche les interpollations, on traque
les faux et les apocryphes dans le but d\'exhumer les oeuvres dans
l\'état de leur première rédaction. Ce travail, particulièrement
important et difficile pour les textes anciens, s\'impose également en
littérature moderne. Les quatres premières étapes de la méthode de
Lanson (qui en comporte neuf au total) sont consacrées à la critique du
texte : authenticité, interpollations, datation et
variantes[^17], p. 43-44.]. L\'érudition entreprend une vaste tâche presque
comparable à celle que le pouvoir politique a réalisé pour le droit
français : établir les textes dans une version certaine et unique, base
indispensable d\'un travail de compréhension
scientifique[^18].

**\2. Le sens véritable.-** Une fois le texte assuré, il faut en
fixer la signification; c\'est l\'étape de l\'interprétation proprement
dite. Philologues et exégètes en définissent le principe et le but en
rupture complète avec l\'herméneutique traditionnelle, religieuse ou
juridique. Celle-ci admettait *a priori* la possibilité d\'une
pluralité de sens. Ainsi, dans l\'exégèse patristique, la doctrine des
quatre sens de l\'Ecriture prescrit à l\'interprète de dégager, pour
chaque passage de la Bible, les sens historique, allégorique, moral et
anagogique[^19], p. 106-113. - La tradition talmudique, avec la théorie
des quatre niveaux de lecture (pshat, remez, drash et sod) et la
recommandation d\'une relecture permanente de la Thora, pratique cette
pluralité sémantique de manière hyperbolique et infinie.]. De même,
l\'interprétation juridique traditionnelle, héritée des jurisconsultes
romains, construit, par divers moyens rhétoriques, une multiplicité de
sens possibles pour un même texte entre lesquels elle choisit ensuite
celui jugé le plus conforme au juste et à
l\'utile[^20], t. XVII, 1972, p. 72 à 88. - En droit romain : G.
Hanard, \"\'Interpretatio\' et normes de droit privé sous la République
et le Principat\" in _L\'interprétation en droit. - approche
pluridisciplinaire_, dir. van de Kerchove, Bruxelles, Facultés
Universitaires de St Louis, 1978, p. 387-441, spéc. la conclusion, p.
438-441. - Dans l\'ancien droit, on recourait notamment aux multiples
brocards et maximes d\'interprétation pour susciter les différentes
significations.]. Le *Traité de l\'interprétation juridique* de
Delisle, publié en 1849, montre l\'influence tardive de cette méthode
appliquée, dans la plus pure tradition, au droit nouveau, en pleine
période de l\'Exégèse[^21], t. ie, préface et § 15, p. 9 pour un
exposé théorique de la méthode.].

En réaction contre cette pléthore sémantique, perçue comme
irrationnelle, les interprètes du xixe siècle revendiquent l\'unicité
du sens. Selon Wolf, \"deux explications qui concerneraient le même
passage, ou deux *sensus*, ne sont jamais possibles. Chaque phrase,
chaque suite de phrases n\'a qu\'un sens, même si on peut bien discuter
de ce sens. Il peut être incertain; néanmoins, pour celui qui cherche,
il n\'y en a qu\'un seul\"[^22]. Plus catégoriquement encore, Lanson affirme
: \"Il y a dans tous les ouvrages de littérature, même dans la poésie,
un sens permanent et commun, que tous les lecteurs doivent être capables
d\'atteindre, et qu\'ils doivent d\'abord se proposer d\'atteindre
(...). Il y a une vérité accessible dans l\'étude littéraire et c\'est
ce qui la fait noble et saine\"[^23], p. 41-42 et 43.].

Les tenants de l\'Exégèse affichent une ambition similaire dans leur
définition de l\'interprétation. Selon Boileux et Demolombe,
\"*interpréter*, ce n\'est pas *changer, innover*\; c\'est
fixer le sens exact, véritable d\'une disposition, et déterminer sa
portée : l\'interprétation, de quelque source qu\'elle émane, conduit
donc au même but. En réalité, il n\'y a qu\'une seule espèce
d\'interprétation\"[^24], 6ème édition, Paris, 1856, t. I, § 4, p. 28 (souligné
par l\'auteur). - Demolombe, *Cours de Code Napoléon*, 3ème éd.,
Paris, 1865, t. ie, § 115, p. 137. - V. aussi Baudry-Lacantinerie,
*Précis de droit civil*, t. ie, 10ème éd., Paris, 1908, § 100, p.
52 : \"\[l\'interprète\] doit déterminer le véritable sens de la
loi...\".]. En outre, la doctrine du *sens clair*, formulée par
l\'Exégèse[^25] et consacrée par la jurisprudence[^26], p. 13-50.], non seulement
présuppose l\'unicité du sens, mais encore postule, avec un optimisme
caractéristique, la possibilité de saisir ce sens de manière évidente et
immédiate[^27]. Cette transparence
sémantique rend le recours à l\'interprétation théoriquement inutile ou
du moins accessoire. En règle, le juge applique simplement la loi; par
exception, en cas d\'obscurité ou d\'ambiguïté, il l\'interprète.

**\3. L\'intention de l\'auteur.-** \"Ce sens unique et
scientifiquement garanti coïncide avec l\'intention de
l\'auteur\"[^28], p. 140 à propos de la philologie.]. Pour
Schleiermacher, \"tout discours correspond à une série de pensées chez
celui qui discourt\"[^29]. L\'interprète s\'intéresse au texte en tant qu\'il lui donne
accès aux pensées de son auteur et permet de saisir leur
articulation[^30]. \"L\'herméneutique, selon la
définition de Wolf, est l\'art de saisir les écrivains, par conséquent
les pensées écrites ou même seulement oralement exprimées d\'autrui de
la même manière qu\'il les a saisies
lui-même\"[^31]. La critique philologique
entend restaurer, à l\'aide du texte, de ses sources et de la biographie
de l\'auteur, la figure même de l\'écrivain ou du philosophe, sa
personnalité unique, son parcours[^32], Paris, PUF (Quadrige), 1963, p. 26-30.]. La focalisation sur
l\'auteur marque une nouvelle rupture avec l\'herméneutique
traditionnelle : les glossateurs médiévaux ne se préoccupaient pas de
saisir la pensée de l\'auteur en termes psychologiques mais plutôt de
transmettre la science supposée contenue dans le
texte[^33], p. 205 s\'appuyant sur Thurot. - Dans la tradition
médiévale, le nom de l\'auteur est l\'argument d\'autorité qui garantit
la vérité scientifique du discours attribué (M. Foucault, \"Qu\'est-ce
qu\'un auteur?\", _Bulletin de la Société française de
Philosophie_, 1969-3, p. 73-104, spéc. p. 84-85).]. Pour la Philologie,
il s\'agit avant tout d\'exhumer la \"vie\" et de retrouver
l\'\"esprit\" qui ont animé le \"génie\" dont l\'oeuvre est
l\'expression[^34]. \"Nous voulons être oubliés, et qu\'on ne voie
que Montaigne et Rousseau, tels qu\'ils furent, tels que chacun les
verra, s\'il applique loyalement, patiemment son esprit aux
textes[^35]\" écrit Lanson. Le sens qui correspond à l\'intention de
l\'écrivain est seul légitime et Schleiermacher n\'hésite pas à
convoquer l\'autorité suprême pour entériner sa préséance jusque dans
l\'exégèse biblique : \"Si on demande en outre pourquoi l\'Ecriture
n\'est pas née de façon tout-à-fait miraculeuse sans faire appel à des
hommes, alors il faut répondre que l\'Esprit divin ne peut avoir choisi
cette méthode qu\'afin que nous reportions tout aux auteurs mentionnés.
Voilà pourquoi cette interprétation peut seule être la
bonne\"[^36].

Comparons avec les textes des jurisconsultes de l\'Exégèse. Pour
Toullier, \"les mots sont les signes de la pensée\" et
\"l\'interprétation, c\'est l\'art de découvrir les pensées
qu\'expriment les paroles ou les
écrits\"[^37]. En Droit, selon Baudry-Lacantinerie, \"l\'oeuvre de
l\'interprète est donc de reconstituer la pensée du
législateur\"[^38]. De même, pour Laurent, se référant à Savigny : \"Il
faut revenir à la règle établie par les auteurs mêmes du Code. Quelle
est l\'oeuvre de l\'interprète ? c\'est de reconstruire la pensée du
législateur\"; en effet, \"n\'est-ce pas la pensée qui constitue
l\'essence de la volonté, et par suite l\'essence de la loi?\"; et
encore \"Qu\'est-ce que la lettre, sinon la formule de la
pensée?\"[^39].

Aubry et Rau déduisent de ces prémisses de véritables règles
d\'interprétation : \"le Code civil ne contient pas de règles sur
l\'interprétation des lois; mais celles qu\'il donne dans les articles
1156 et suivants, pour l\'interprétation des conventions, peuvent y
suppléer : les lois en effet sont l\'expression de la volonté du
législateur comme les conventions sont l\'expression de la volonté des
parties contractantes\"[^40], revu et augmenté par Aubry et Rau, 2ème éd., I, §
40, note 4, p. 32, repris dans le texte, 5ème éd. , I, § 40, p. 193 dans
une version pratiquement identique. - En ce sens notamment, Arntz,
*Cours de droit civil français*, t. III, 2ème éd., Bruxelles-Paris,
1879, p. 24. - Sur le parallélisme des \"tendances\" dans
l\'interprétation des lois et des contrats : Colin et Capitant,
*Cours élémentaire de droit civil français*, t. II, 10ème éd. par
Julliot de la Morandière, Paris, 1948, § 113, p. 80.]. Or ces
dispositions, très diverses, reprises directement de
Pothier[^41] et indirectement du Digeste, c\'est-à-dire de l\'ancienne
herméneutique, sont réduites par les commentateurs à la seule règle de
l\'article 1156 du Code qui prescrit de \"rechercher quelle a été la
commune intention des parties contractantes plutôt que de s\'arrêter au
sens littéral des termes\". Les autres dispositions qui réfèrent à
l\'usage, à l\'utile, à la cohérence de l\'acte, etc. ne sont que des
moyens de révéler cette commune intention. Quant à l\'article 1162, qui
décide dans le doute l\'interprétation contre le stipulant, les nouveaux
exégètes estiment le plus souvent qu\'il n\'édicte pas une véritable
règle d\'interprétation dès lors qu\'il ne trouve pas sa place dans la
théorie de l\'intention[^42], t. VII, Paris, 1892, § 175, p.
\243.]. Cette lecture des directives d\'interprétation du Code civil,
même unanime, n\'apparaît nullement évidente. Toullier, par exemple, y
voyait encore la prévalence de l\'usage et considérait l\'article 1162
comme \"une des règles d\'interprétation les plus fréquentes et les plus
certaines\"[^43]. Les exégètes ont en
réalité proceeded à la réinterprétation des règles multiples de
l\'herméneutique traditionnelle dans l\'optique convergente de leur
stratégie nouvelle.

En matière de lois désormais, comme dans les conventions ou les autres
actes juridiques, la volonté de l\'auteur s\'impose comme l\'objectif
ultime et la référence obligée de l\'interprète. La Révolution introduit
par ailleurs le référé du judiciaire au législatif pour trancher les
difficultés d\'interprétation et le législateur détient en outre
l\'interprétation *authentique* de la loi (_Eius est
interpretari legem, cujus est condere_)[^44].

**\4. Les étapes de l\'interprétation.-** Cette conception de
l\'interprétation influence évidemment les techniques recommandées ou
mises en place pour la découverte du sens.

Chez Schleiermacher, le processus herméneutique comporte deux étapes.
Premièrement, l\'aspect *grammatical*, dont \"la tâche consiste à
comprendre le sens d\'un discours à partir de la
langue\"[^45], étudie la signification des mots et leurs liaisons. En second
lieu, l\'aspect *technique* ou *psychologique* \"se fonde sur
la connaissance de la particularité de celui qui expose comme étant son
unité interne\"[^46]. \"La compréhension
technique est la reconstruction du donné\"[^47], c\'est-à-dire idéalement \"la connaissance de \[l\'\]époque
\[de l\'écrivain\], de sa situation personnelle, de tout ce qu\'il
devait savoir, même si nous ne le rencontrons pas
réellement\"[^48]. De même, Lanson
établit d\'abord le sens *littéral* \"par l\'histoire de la langue,
la grammaire et la syntaxe historique\" et ensuite le sens
*littéraire* qui détache ce qui est propre à l\'auteur du contexte
de son temps, cherchant à saisir \"dans un accent, dans un reflet, dans
un tour, les intentions profondes et serrées qui souvent corrigent,
enrichissent et même contredisent le sens apparent du
texte\"[^49]. Pour Schleiermacher
cependant, \"il ne s\'agit pas de deux espèces d\'interprétation mais au
contraire toute interprétation doit réaliser les
deux\"[^50]. \"De même que tout discours entretient une double relation avec
la totalité de la langue et avec la totalité de la pensée de son auteur,
de même tout acte de comprendre comporte deux moments : comprendre le
discours comme un \[élément\] extrait de la langue et le comprendre
comme une réalité produite dans le sujet
pensant\"[^51]. \"Dans une interprétation correcte, tous les éléments différents
doivent concorder dans un seul et même
résultat\"[^52], p. 151.].

Les juristes de l\'Exégèse distinguent également deux moments dans
l\'interprétation. D\'abord, l\'interprétation *grammaticale* qui,
selon Aubry et Rau \"s\'attache à déterminer le véritable sens d\'un
texte obscur ou incomplet, en s\'aidant des usages de la langue et des
règles de la syntaxe\"[^53], I, 5ème éd., § 40, p. 193.] ou, d\'après Baudry-Lacantinerie,
\"a pour objet de déterminer le sens des mots et des phrases par
application des règles du langage\"[^54], I, § 101, p. 52.], en donnant la préférence au sens
\"technique\", c\'est-à-dire au sens juridique, sur le sens vulgaire.
Ensuite, l\'interprétation *logique* regroupe tous les autres
procédés, principalement l\'examen des travaux préparatoires, le
rapprochement des textes et les arguments dits logiques (*a pari*,
*a fortiori*, *a contrario*). Elle \"fait connaître l\'esprit
de la loi, les motifs qui ont guidé ses
auteurs\"[^55]. \"L\'interprétation logique est elle-même déclarative,
extensive, ou restrictive, suivant qu\'elle a simplement pour objet de
rechercher le véritable sens d\'un texte obscur ou incomplet, ou
qu\'elle se propose d\'étendre ou de restreindre la sphère
d\'application d\'une disposition légale, dont la rédaction, quoique
claire et complète en elle-même, ne rendrait cependant pas exactement la
pensée du législateur\"[^56], p. 53.]. Les meilleurs auteurs, Aubry et Rau et
Baudry-Lacantinerie comme Schleiermacher, privilégient la cohérence des
grands textes mais toujours en tant qu\'indice de la pensée véritable de
leurs auteurs[^57] cette cohésion qu\'il faut présupposer partout est la
preuve suprême de la pénétration de l\'individualité\".]. Enfin,
Laurent, se ralliant à Savigny, indique que \"ces deux interprétations
\[grammaticale et logique\] concourent et qu\'elles se confondent
même\"[^58].

**<span class="underline">II. DEFINITION D\'UNE STRATEGIE D\'INTERPRETATION**</span> :

**\1.** Les ressemblances pointées entre la doctrine de
l\'interprétation des philologues et celle des jurisconsultes de
l\'Exégèse conduisent à s\'interroger sur les raisons d\'une telle
coïncidence. Un procédé d\'explication classique consiste à déceler les
*influences* personnelles que les idées des uns ont exercées sur
l\'oeuvre des autres. Par exemple, Laurent s\'en réfère pour la théorie
de l\'interprétation à Savigny, dont l\'Ecole historique entretenait
avec le mouvement philologique et romantique des liens avérés, notamment
par l\'intermédiaire de Jacob Grimm[^59], t. XIX (1974), p. 151-180. - Dufour trace un
portrait intéressant de Jacob Grimm, un des célèbres conteurs,
philologue, romantique et co-fondateur de l\'Ecole historique (également
dans le même ouvrage : \"J. Grimm, une philosophie romantique du droit
et de l\'histoire\", p. 425-438). Michelet a conçu ses _Origines du
droit français..._ (1837) sur le modèle et sous l\'influence d\'un
ouvrage de Grimm (p. 167 et note 4). - Pour les citations de Laurent :
*Principes*, § 272-273, p. 341-343.]. On pourrait de même mesurer
la transmission des \"idées allemandes\" via le *Manuel* de
Zachariae, élevé au fil des éditions par Aubry et Rau au rang de
chef-d\'oeuvre de l\'Exégèse[^60]. Cette méthode est,
remarquons-le au passage, typiquement philologique en tant qu\'elle
accorde une importance déterminante aux sources d\'inspiration des
auteurs traitées comme de véritables \"causes\" des ouvrages. Elle nous
apporte cependant peu d\'informations sur le système d\'interprétation
mis en place lui-même. En outre, si des influences personnelles ne
peuvent être exclues, leur portée demeure marginale dans un contexte
historique marqué par l\'autonomie croissante des études juridiques,
comme des études littéraires d\'ailleurs. L\'Ecole de l\'exégèse paraît
à l\'évidence davantage lié au phénomène français de codification et au
positivisme juridique qu\'à la philologie allemande. Il faut reconnaître
ici deux processus parallèles plutôt que d\'en chercher vainement la
continuité dans un illusoire rapport de cause à effet.

Cependant, si l\'on tient absolument à assigner à cette doctrine de
l\'interprétation une *origine*, on peut, avec toute la
circonspection qu\'appelle ce genre de spéculation, isoler très en amont
de la période considérée, au coeur même de la Modernité et de la
Réforme, un point de croisement entre le positivisme juridique et la
critique philologique. Plus précisément, leurs prémisses respectives se
croisent dans deux textes importants : le *Léviathan* de
Hobbes[^61], Londres, 1651,
trad. par Tricaud, Paris, Sirey, 1971.] et le _Traité
théologico-politique_ de Spinoza[^62]. Le *Léviathan* théorise une conception
nouvelle de la loi conçue comme l\'_expression de la volonté
arbitraire d\'un souverain_ auquel les citoyens ont collectivement
concédé par contrat le monopole de la force, dans le souci de
sauvegarder leur sécurité[^63]. Toutefois, l\'exposé de cette
philosophie politique n\'occupe que la première moitié de l\'ouvrage, la
seconde étant consacrée à l\'interprétation des Ecritures. Hobbes y
conteste le pouvoir des docteurs des Eglises, dont les querelles
compromettent la paix civile. D\'une part, il place l\'Eglise sous
l\'autorité du souverain civil seul habilité à interpréter
authentiquement les Ecritures et à transformer ses prescriptions en
lois. D\'autre part, il remet en cause la tradition par le moyen d\'une
ébauche de *critique historique* des textes : il conteste par
exemple l\'attribution traditionnelle de certains livres saints à des
personnages bibliques comme Moïse. Quelques années plus tard, le
*Traité théologico-politique* professe, dans l\'intérêt de \"la
liberté de philosopher\", des thèses proches de Hobbes sur l\'autorité
absolue du souverain civil, y compris à l\'égard de l\'Eglise. A son
tour, Spinoza propose et applique une nouvelle méthode
d\'\"*interprétation de l\'Ecriture par l\'Ecriture elle-même*\".
Censément construite à l\'image de l\'histoire naturelle, celle-ci jette
en réalité les bases de la critique interne et externe des textes et est
aujourd\'hui reconnue comme une anticipation géniale de la méthode et
des thèses de la Philologie[^64]. La rupture avec l\'herméneutique
traditionnelle (en particulier le *Guide des égarés* de
Maïmonide[^65]) se consomme dans la distinction qu\'opère Spinoza entre le
*sens* du texte biblique, identifié à la pensée de son auteur
humain historique, et la *valeur de vérité* des thèses qui y sont
soutenues, ainsi rendues contestables[^66]. Une étude complète serait nécessaire
pour le prouver mais on peut avancer, au départ de ces deux ouvrages,
que le développement d\'une stratégie d\'interprétation philologique
contre l\'exégèse biblique traditionnelle constitue un moment décisif
dans la transition moderne d\'un droit naturel révélé à un droit positif
promulgué. Les conceptions politiques de Hobbes seront véhiculées
jusqu\'à la Révolution, notamment par Locke et Rousseau tandis que la
méthode spinoziste d\'interprétation sera transmise aux philologues par
l\'intermédiaire de Richard Simon.

**\2.** L\'*herméneutique comparée*[^67], Milano, 1990. - V. aussi supra note 5).
\- L\'herméneutique comparée s\'inspire davantage de la méthode
appliquée par Michel Foucault dans *Les mots et les choses*
(Gallimard, 1966) et théorisée dans *L\'archéologie du savoir*
(Gallimard, 1969).] se préoccupe toutefois moins de l\'origine qu\'elle
ne s\'attache à repérer, par delà les frontières des disciplines
constituées, des *régularités* et des _homologies de
structure_ dans les théories de l\'interprétation. Elle tente par ce
moyen de mettre à jour les _prémisses
épistémologiques_[^68], souvent occultes,
qui fondent et conditionnent les méthodes de recherche en sciences
humaines.

En l\'espèce, la comparaison des textes indique la montée en puissance
au xixe d\'une *nouvelle stratégie d\'interprétation*, en rupture
avec les herméneutiques traditionnelles. Cette stratégie repose sur une
conception *monologique* du sens identifié strictly à
l\'*intention de l\'auteur historique* du texte. L\'\"auteur\" et
le \"législateur\" en sont les principaux instruments en philologie et
en droit[^69]. Ils sont
issus de la même matrice : le législateur est l\'auteur de la loi; mais
le terme \"auteur\" a lui-même une origine juridique puisqu\'il désigne
celui de qui une personne tient un droit ou une obligation. Dans le
*Léviathan* de Hobbes, par exemple, les parties au contrat social
sont désignées comme \"*author*\" alors que les rédacteurs des
Livres saints sont appelés \"*scriptor*\" (\"*writer*\" dans
la version anglaise) et exceptionnellement seulement
\"*author*\"[^70]. Le personnage de l\'auteur, tel que nous le
connaissons, apparaît avec l\'époque moderne[^71], Paris, Seuil, 1984, p. 61-67, spéc. 61-62.
\- Comp. M. Foucault, \"Qu\'est-ce qu\'un auteur?\", *op. cit.*, p.
82-88.]. Juridiquement, il n\'obtiendra qu\'à la Révolution française la
reconnaissance d\'un véritable *droit de propriété* sur ses
oeuvres[^72]. Dès lors,
l\'auteur commence son règne : il occupe le devant de la scène, conserve
le secret de l\'oeuvre et donne au sens sa référence ou, selon Barthes,
\"son cran d\'arrêt\"; il passe pour être le propriétaire exclusif et
éternel de la signification de ses
oeuvres[^73], dont il devient, par le biais de
ses discours, de ses brouillons ou de ses actes mêmes, l\'interprète
autorisé, à l\'égal du législateur pour les lois qu\'il promulgue.

Cette conception unilatérale de l\'interprétation s\'appuie sur une
*sémantique* sous-jacente, qui n\'affleure qu\'occassionnellement à
la surface des textes mais détermine une économie serrée du sens. Quatre
traits majeurs, qui portent la marque de l\'état des idées au xixe
siècle, en délimitent le contour :

**a) le positivisme. -** Le jurisconsulte de l\'Exégèse ou le
philologue, soucieux de constituer sa discipline en science positive, ne
considère pas le sens comme un mystère ineffable de nature
métaphysique[^74] mais au contraire comme un
*fait* positif, une réalité empirique déterminée. Le texte a une et
une seule signification véritable, qui peut être découverte avec
certitude, soit immédiatement comme une évidence (doctrine du sens
clair), soit à l\'issue d\'une procédure scientifique de vérification.
L\'interprétation correspond à un acte de connaissance objectif, qui
doit et peut être purgé de tout jugement de valeur propre à
l\'interprète[^75].

**b) l\'historicité. -** Ce fait positif est un fait historique
précis. Le sens du texte se trouve tout entier derrière lui, dans le
passé de son origine, dans l\'acte même de sa conception et de sa
rédaction. Comme l\'écrit Barthes, \"l\'auteur, lorsqu\'on y croit est
toujours conçu comme le passé de son propre livre : le livre et
l\'auteur se placent d\'eux-mêmes sur une même ligne, distribuée comme
un *avant* et un *après*\"[^76]. L\'exégète considère à partir du texte, traité
comme un document, l\'événement de son énonciation. Interpréter revient
à restituer ce que l\'auteur a voulu dire dans le contexte historique où
il l\'a dit. Cette position reflète l\'emprise de l\'histoire sur toutes
les sciences humaines au xixe siècle, y compris dans l\'étude de la
langue et des significations[^77], ch. VII, spéc. p. 229-233 et pour l\'étude du
langage, p. 245 s., spéc. 249. - V. aussi à ce propos : O. Ducrot,
*Le structuralisme en linguistique*, Paris, Seuil, 1968, col.
\"Points\", p. 35 et s.]. Elle est toutefois particulièrement
embarrassante pour les juristes, chargés d\'appliquer des textes anciens
à des cas toujours nouveaux et donc d\'en actualiser la
signification[^78].
L\'Ecole de la libre recherche scientifique en tirera un sérieux
argument contre l\'Exégèse[^79].

**c) le psychologisme** Ce fait est en outre de nature
psychologique. Puisque \"les mots sont les signes des pensées\", ce sont
ces pensées qui constituent la réalité du sens. En conséquence,
l\'exégète tente de saisir et de restituer l\'esprit et les sentiments
de l\'auteur et, en droit, la volonté du législateur ou des parties.
Partis à la recherhe d\'un sens positif et objectif, le philologue et le
jurisconsulte sont ainsi insensiblement conduits à spéculer sur des
états mentaux, d\'autant plus insondables qu\'ils sont attribués parfois
à des êtres fictifs[^80]. La dérive paraît
inéluctable pour qui lie le sens à l\'intention d\'un
sujet[^81]. D\'une manière générale, le
psychologisme affecte d\'ailleurs toutes les sciences de l\'époque et
spécialement, comme l\'ont montré et dénoncé Frege et
Husserl[^82] (1884), Paris, Seuil, 1969, spéc. p. 118 à 123. - E.
Husserl, *Recherches logiques I. Prolégomènes à la logique pure*
(1900-1901), 3ème éd., Paris, P.U.F., 1990, ch III à VIII, qui procède à
une réfutation très circonstanciée des thèses psychologistes.], la
logique, dont le rôle est essentiel en l\'occurence puisque cette
discipline a en charge la théorie de la proposition et de son sens.

**d) le romantisme. -** Ce trait entraîne une autre conséquence.
L\'interprète s\'intéresse moins au contenu des \"pensées\" qu\'à leur
genèse. Le texte ne renvoie plus au monde, à la réalité, mais à
l\'auteur ou, en droit, au législateur. Dans les termes de Jakobson, on
dira que la *fonction expressive* du langage tend à prévaloir sur
sa *fonction référentielle*[^83]. C\'est le propre de l\'esthétique
romantique, qui conçoit l\'oeuvre avant tout comme l\'expression du
génie créateur de l\'artiste, par opposition à l\'esthétique classique
qui privilégiait l\'imitation ou la représentation de la
nature[^84].
Un nouveau parallèle se dessine ici avec la philosophie du droit : du
jusnaturalisme, qui voit dans la loi un rapport naturel établi entre les
choses, elle évolue vers le positivisme juridique, qui définit la loi
comme l\'expression de la volonté du souverain. Ces conceptions
esthétiques et philosophiques exercent une influence décisive sur la
théorie de l\'interprétation[^85], p. 259 s. (113 s. de la 2ème éd. allemande). - En droit :
R. Dworkin, *Law\'s Empire*, Harvard University Press, Cambridge
(Massachussets), London (England) 1986, p. 60 (trad. fr. _L\'empire
du droit_, Paris, P.U.F., 1994, p. 65).]. De même que les philologues
célèbrent la personalité unique et l\'esprit créateur de l\'artiste, les
interprètes du Code Napoléon consacrent le génie et l\'autorité du
législateur.

Ces quatres caractéristiques, le sens comme fait positif, historique,
psychologique et romantique (expressif plutôt que référentiel) forment
un système, qui nous donne la clé d\'un intrigant *paradoxe*
relevé, dans une belle étude, par Philippe Gérard, à propos de la
doctrine du sens clair[^86], p. 51-95, spéc. p. 55.]. On
sait que celle-ci a pour objet d\'interrompre le processus interprétatif
lorsque le sens des termes est clair par lui-même (_Interpretatio
cessat in claris_). Or Laurent, Baudry-Lacantinerie et Aubry et Rau, qui
soutiennent activement cette doctrine, admettent cependant que si le
sens clair ne correspond pas à la pensée du législateur, cette dernière
doit finalement prévaloir[^87]. La contradiction apparente trouve sa solution dans
la sémantique philologique : le sens unique du texte, immédiatement
perceptible dans le texte (sens clair) ou accessible par
l\'interprétation, *est lui-même* la pensée de l\'auteur si bien
que dire que le sens clair ne coïncide pas avec la pensée du
législateur, c\'est ne rien dire du tout ou confesser que la
compréhension a échoué[^88].

**\3.** Enfin, plusieurs l\'ont constaté, la théorie monolithique
de l\'interprétation, qui s\'en réfère exclusivement à l\'auteur pour
déterminer le sens du texte, véhicule un _argument
d\'autorité_[^89]. En droit, très normalement, ce thème résonne plus fortement
qu\'ailleurs. La référence systématique à la volonté du législateur
s\'appuyait sur le pouvoir souverain et absolu qu\'on s\'accordait à lui
reconnaître[^90]. Dans le cadre actuel de l\'état de droit, on
invoque encore une soi-disant prééminence constitutionnelle du pouvoir
législatif (bien que M. Velu ait fait justice de cette théorie
contestable[^91], Bruxelles, Bruylant, p. 245 s. (à propos du
contrôle juridictionnel de la constitutionalité des lois).]). Et si les
interprètes ne se limitent plus à invoquer la volonté du législateur,
dont l\'insuffisance est patente, ce n\'est pas, pour une partie de la
doctrine, sans regret ni mauvaise conscience. \"La loi n\'a plus de
père, elle n\'a que des tuteurs\" déplore Michel Couderc, qui compare la
figure tutélaire du législateur à \"l\'indésirable statue du Commandeur
qu\'on répugne à convier (...) au souper du droit, que donnent le Palais
et l\'Université\"[^92].

Les structuralistes, qui combattront avec succès la méthode philologique
en littérature et en philosophie, partagent la même analyse, sinon le
même sentiment. Roland Barthes reconnaît mais pour la contester la
figure paternelle de l\'auteur. Il dénonce le privilège exorbitant que
l\'auteur-Dieu, propriétaire éternel de l\'oeuvre, exerce sur le
lecteur, simple usufruitier, contraint au sens droit. \"Nous savons,
conclut-il, que pour rendre à l\'écriture son avenir, il faut en
renverser le mythe : la naissance du lecteur doit se payer de la mort de
l\'Auteur\"[^93]. Quant à Michel
Foucault, s\'il se réjouit lui aussi de l\'espace ouvert à d\'autres
\"régularités discursives\"[^94], p. 41 et \"Qu\'est-ce qu\'auteur?\", spéc. p. 81 et 95. - On
peut définir la \"régularité discursive\" comme un principe de
regroupement des textes en vue de leur compréhension (l\'auteur, le
genre, l\'époque, etc.).] par l\'effacement de l\'auteur, il met
cependant en garde, dans le débat qui l\'oppose à Jacques Derrida,
contre le danger d\'un retour à l\'herméneutique traditionnelle qui,
pour prêter trop de sens au texte, \"donne à la voix des maîtres cette
souveraineté sans limite qui lui permet indéfiniment de redire le
texte\"[^95]. On ne serait alors émancipé
de l\'autorité de l\'auteur ou du législateur que pour se placer sous
celle, peu légitime, de l\'interprète. En définitive, ce que Foucault et
ses contemporains contestent à travers la figure de l\'auteur, c\'est
l\'autorité du sujet comme fondement extérieur du discours, de sa vérité
et, au-delà, de la science elle-même[^96]. Si d\'un sujet il y a lieu,
celui-ci ne préexiste pas au texte pour lui donner sa caution, comme
l\'auteur de la Philologie ou le législateur de l\'Exégèse, mais, au
contraire, c\'est le discours lui-même qui construit son propre
sujet[^97], p. 21-31, spéc. 25-27. - A.J. Greimas, \"Du
discours scientifique en sciences sociales\", in _Sémiotique et
sciences sociales_, Paris, Seuil, 1976, spéc. p. 10-12.]. Marcel Proust,
un des premiers, avait opposé contre la méthode biographique de
Sainte-Beuve que \"le moi de l\'écrivain ne se montre que dans ses
livres\"[^98], Paris, Gallimard (Pléiade), 1971. - Sur la
constitution du moi par l\'écriture dans la _Recherche du temps
perdu_ : L. Bersani, \"Déguisement du moi et art fragmentaire\", in
*Recherche de Proust*, Paris, Seuil, 1980, col. \"Points\", p.
13-33, qui oppose de manière éclairante Proust et Flaubert. - Barthes,
*loc. cit.*.]. On rapprochera la phrase de cette autre d\'Henri
Capitant extraite d\'un article fameux et contesté contre le recours aux
travaux préparatoires dans l\'interprétation des lois : \"La loi est un
organisme qui forme un tout et se détache de la volonté de ceux qui
l\'ont élaborée, le jour où elle est votée. C\'est en elle et en elle
seule qu\'il faut chercher l\'esprit et la raison d\'être de ses
prescriptions...\"[^99].

**<span class="underline">III. CONCLUSION : DE L\'OEUVRE DU LEGISLATEUR AU
TEXTE DE LA LOI</span>**:

**\1.** Le rapprochement des méthodes d\'interprétation qui ont
prévalu au xixe siècle en droit d\'une part, dans les études
théologiques, philosophiques et littéraires d\'autre part, renforce la
thèse d\'une stratégie d\'interprétation commune aux civilistes français
de cette époque. Qu\'on qualifie celle-ci d\'Ecole de l\'exégèse, de
méthode philologique ou autrement importe peu pourvu que le tracé précis
de ses contours permette d\'en saisir l\'unité et la cohérence. Cette
stratégie marque une rupture épistémologique profonde avec
l\'herméneutique traditionnelle, qui admettait une pluralité de sens
possibles. Elle se caractérise par l\'analyse convergente du sens
littéral et grammatical d\'un texte, établi ou restauré dans une version
certaine, et de la pensée de l\'auteur auquel il est attribué. Elle
repose sur une sémantique spécifique qui conçoit le sens comme un fait
positif, historique et psychologique, qui exprime la pensée ou la
volonté d\'un sujet plutôt qu\'il ne décrit un état de choses.

Cette théorie de l\'interprétation s\'impose plus tardivement en droit
français que l\'année 1804 généralement assignée à l\'Ecole de
l\'exégèse comme date de naissance. Les écrits de Toullier et de
Duranton, par exemple, ne s\'inscrivent encore que de manière partielle
et indécise dans le schéma que nous avons défini sur une base plus
large. Mais la nouvelle stratégie se fixe et impose rapidement sa
cohérence avec Demolombe et Aubry et Rau puis Baudry-Lacantinerie et
Laurent. M. Rémy invoque la diversité des biographies et des
tempéraments, l\'opposition des méthodes et l\'âpreté des querelles pour
conclure qu\'\"il n\'y a point d\'Ecole\"[^100]. Il ne voit pas qu\'un
sol commun sert de terrain à ces affrontements, qu\'un même horizon du
sens borne les interprétations divergentes, bref, que ces ouvrages
reposent sur un *socle épistémologique* unique, qui étend
d\'ailleurs son empire bien au-delà du droit. Certaines études, dans le
prolongement de l\'article de Philippe Rémy, prétendent que les méthodes
d\'interprétation des exégètes sont bien plus diversifiées que leur
doctrine[^101]. Le constat est exact
mais non les conclusions qu\'on en tire. Les pratiques sont couramment
en décalage par rapport aux stratégies qui prétendent les orienter,
surtout en droit où la norme appelle à venir ce qui n\'est pas encore.
La doctrine exprime une idéologie en puissance - mais parfois en manque
\- de se réaliser. En l\'espèce, le décalage est d\'autant plus
important que la théorie du sens unique et clair correspondant à
l\'intention de l\'auteur, si elle répond aux besoins de l\'historien ou
du philologue du xixe siècle, convient mal à la pratique judiciaire,
qui a vocation à actualiser le sens des textes en fonction de leur
contexte d\'application factuel et axiologique.

Mais ce serait une erreur que de tenir pour rien la doctrine de
l\'Exégèse au motif que ses promoteurs ne s\'y tiennent pas eux-mêmes.
La doctrine juridique de l\'interprétation a une importance cruciale en
tant qu\'elle constitue proprement la *théorie de la connaisance*
du droit, qui oriente les solutions, contraint les motivations, trace
une ligne de démarcation entre le discours scientifique et le propos
fantaisiste. Elle reflète une certaine \"*vision du droit*\" qui
organise à la fois la compréhension des pratiques et leur
légitimation[^102], Gallimard, 1959, col \"Tel\", p. 25-27).]. Que l\'on considère
seulement à quel point des expressions telles le \"sens clair\", \"le
Législateur\", \"la volonté du législateur\" ou \"l\'intention des
parties\" ont régné et règnent encore en maîtres dans la jurisprudence
et imprègnent, au delà, l\'ensemble du champ
juridique[^103], 2ème éd., Dalloz, Paris, 1989, exprime l\'orthodoxie
au § 234 relatif aux \"méthodes actuelles d\'interprétation\" : \"Tout
en admettant le principe d\'une certaine liberté du juge qui ne peut se
contenter toujours d\'une simple déduction à partir des textes, on doit
avant tout s\'attacher aux textes et remonter à l\'intention qui en a
guidé la rédaction\" (p. 246-7). - Art. 7 de la loi belge du 31 mai 1961
relative à l\'emploi des langues en matière législative etc. : \"Les
divergences qui peuvent exister entre les textes français et les textes
néerlandais sont résolues d\'après la volonté du législateur, déterminée
suivant les règles ordinaires d\'interprétation sans prééminence de
l\'un des textes sur l\'autre\".]. Les critiques les plus sévères n\'ont
pas réussi à nous en a affranchir. Nous n\'en finissons pas de sortir de
l\'Exégèse. Les théories et les pratiques d\'interprétation ont beau se
succéder et se multiplier, les juristes demeurent en grande partie
prisonniers de la sémantique de l\'intention du locuteur, comme si
celle-ci exprimait l\'*essence* même de la langue (comme \"signes
des pensées\") et de la loi (comme \"expression de la volonté du
souverain\"). Or le rapprochement que nous avons pu opérer entre
l\'Exégèse juridique et la Philologie démontre au contraire que cette
théorie est liée à un *moment* dans l\'histoire des idées. Elle ne
dit ni le premier ni le dernier mot en matière de compréhension des
textes : conçue en rupture par rapport à l\'herméneutique
traditionnelle, antique et médiévale, la méthode philologique succombe à
son tour au tournant linguistique, pragmatique et communicationnel opéré
au cours du xxe siècle, qui impose une nouvelle conception du sens et
de sa recherche.

**\2.** Le temps est venu de réexaminer, sans complexe, le primat
accordé à la volonté du législateur dans la théorie juridique de
l\'interprétation, non pour lui substituer la volonté de l\'interprète
(ce serait renverser le problème sans le déplacer pour tomber dans des
travers connus), mais pour recentrer la lecture vers le *texte* de
la loi.

Cette évolution stratégique suppose d\'abord une nouvelle sémantique. Il
s\'agit de dépasser le système obsolète qui oppose les pensées à leur
expression, la forme au fond, la lettre à l\'esprit, le texte légal
considéré comme une \"enveloppe\", un \"contenant\", qui \"n\'enchaîne
que l\'ouvrier imprimeur\", à \"la chose essentielle\", le \"contenu\",
\"la pensée que l\'auteur du texte a, par celui-ci, voulu exprimer\" ou
\"son sens et sa portée véritables\" qui sont \"la loi elle-même\" (Ces
derniers propos émanent du procureur général Paul Leclercq et de Henri
de Page, partisans de la libre recherche scientifique et pourfendeurs de
l\'Exégèse, dont ils héritent pourtant, comme on peut lire, la
sémantique[^104]). Il faut
dissiper enfin l\'*illusion réaliste* qui imagine saisir, par delà
la transparence du langage, des normes hypostasiées flottant dans
quelque ciel métaphysique afin de pouvoir observer, dans le *jeu*
permanent auquel le texte se prête et résiste à la fois, depuis sa
rédaction jusqu\'à la lecture et au commentaire dont il fait l\'objet,
le travail d\'accumulation du sens qui s\'accomplit. Selon la belle
image de Roland Barthes, le texte n\'est pas un fruit à noyau dont la
pulpe serait la forme et l\'amande le fond mais plutôt un oignon,
\"agencement superposé de pelures (de niveaux, de systèmes), dont le
volume ne comporte finalement aucun coeur, aucun noyau, aucun secret,
aucun principe irréductible, sinon l\'infini même de ses enveloppes -
qui n\'enveloppent rien d\'autre que l\'ensemble même de ses
surfaces\"[^105].

Comprendre la loi comme un texte, plutôt que comme un fait ou une
volonté dont le texte ne serait que le reflet plus ou moins fidèle,
marque non seulement un retour au plus près de la pratique quotidienne,
qui se nourrit mieux de textes que de déclarations d\'intentions ou
d\'entités métaphysiques, mais ouvre encore à la théorie du droit un
paradigme rigoureusement inverse de la doctrine du sens clair mais
d\'une incomparable richesse. Car le texte représente bien autre chose
que la trace figée d\'un discours. Il porte en lui une *dynamique*.
Véritable machine à produire du sens mais aussi instrument de contrôle
et de sélection de ses interprétations, il supporte la possibilité de
discours nouveaux tout en les intégrant à sa propre
permanence[^106], p. 69-77. - P. Ricoeur, \"Qu\'est-ce qu\'un texte? Expliquer et
comprendre\", in *Du texte à l\'action*, p. 137-211. - U. Eco,
*Les limites de l\'interprétation*, spéc. p. 43-45. - V. aussi les
très belles pages de M. Foucault sur le \"commentaire\" in
*L\'ordre du discours* (leçon inaugurale au Collège de France),
Paris, Gallimard, 1971, p. 23-28.]. En votant le texte de la loi, les
parlementaires n\'*arrêtent* donc pas une fois pour toutes son sens
mais *initient* au contraire un _processus de production de
normes_ dont la chaîne se prolonge, via les juges, la doctrine et les
praticiens, jusqu\'aux justiciables[^107]. Le texte de la loi offre aux
lecteurs-interlocuteurs un *espace balisé* pour la discussion de
ses significations et donc des normes. Dans cet espace pluriel où elle
évolue, l\'interprétation se déroule comme une *négociation*
permanente, tendue et argumentée pour la détermination provisoire d\'une
signification convenue[^108], Paris, Ed. du Cerf
(\"Humanités\"), not. p. 66.]. Et dans cette discussion, la poursuite de
l\'intention de l\'auteur ne représente plus qu\'*une* des
stratégies en concurrence pour la découverte du sens, sans privilège ni
légitimité exclusive[^109], spéc. p. 29 et s. -En droit : B. Frydman, \"Le
conflit des stratégies d\'interprétation en droit\", in _La
conflictualité des normes_, Séminaire 1993-94 de l\'U.R.A. 1394 du
C.N.R.S., inédit.].

¤

---

[^1]:     ?F. Gény,
_Méthodes d\'interprétation et sources en droit privé positif,
Essai critique
[^2]:     ? Ph.
Rémy, \"L\'éloge de l\'exégèse\", _Revue de la recherche
juridique
[^3]:     ?Voyez les études précitées de
Philippe Rémy, A. Desrayaud et Kanayama.
[^4]:     ?Voyez en particulier les deux
articles précités de Husson ainsi que A.J. Arnaud, _Les juristes
face à la société du XIX siècle à nos jours
[^5]:     ?Dilthey,
*Le monde de l\'esprit*, Paris, 1947. - Le paradigme herméneutique
des sciences morales chez Dilthey est approfondi par J. Habermas,
*Connaissance et Intérêt*, Paris, Gallimard, 1976, col. Tel, spéc.
ch 7 et 8 p. 175 à 220 et, dans une direction différente, par H.G.
Gadamer H.G., _Vérité et méthode, Les grandes lignes de
l\'herméneutique philosophique
[^6]:     ?Pour un exposé de la stratégie
d\'interprétation philologique : T. Todorov, _Symbolisme et
interprétation
[^7]:     ?F.A. Wolf, _Museum der
Altertumswissenschaft
[^8]:     ?Schleiermacher lui-même n\'a jamais
publié cet ouvrage mais en a laissé différentes versions manuscrites qui
sont présentées et traduites par Ch. Berner dans *Herméneutique*,
Ed. du Cerf, 1987. Pour chaque citation, nous indiquons le manuscrit
dont elle est extraite, suivi de la pagination de la traduction.
[^9]:     ? _Méthodes de l\'histoire
littéraire
[^10]:     ? Gény et certains de
ses sectataires parlent de \"fétichisme légal\" et peu d\'auteurs
résistent à la métaphore religieuse du \"culte\" du texte légal.
[^11]:     ?En cela, elle s\'oppose à la méthode
dogmatique où l\'auteur suit son propre plan (N. Marcadé, _Elémens
de droit civil français ou explication méthodique et raisonnée du Code
civil
[^12]:     ?Dans le même sens : Rémy, art. cité,
*Droits*, 1985, p. 122.
[^13]:     ?Toullier, _Le
Droit civil français suivant l\'ordre du Code
[^14]:     ?Aubry et Rau, _Cours de
droit civil français
[^15]:     ?Les
professions de légalisme les plus nettes se trouvent chez Laurent
(notamment *Principes de droit civil*, IX, n. 119-122 et
*Cours élémentaire de droit civil*, préface, p. 13 et s.).
[^16]:     ?Ce sens est moderne. Dans
l\'herméneutique médiévale, notamment chez St Thomas d\'Aquin,
\"authentique\" ne signifie pas original mais vrai. \"*Authenticus*
dénote la valeur, l\'autorité, la crédibilité d\'un texte mais non son
origine\" (U. Eco, *Les limites de l\'interprétation*, Paris,
Grasset, 1992, p. 205).
[^17]:     ?\"La méthode de l\'histoire
littéraire\", in _Essais de méthode, de critique et d\'histoire
littéraire
[^18]:     ?Sur les progrès réalisés à cet égard
par la science littéraire au XIX siècle : Lanson, \"La méthode de
l\'histoire littéraire\", p. 55.
[^19]:     ?Todorov, _Symbolisme et
interprétation
[^20]:     ?Pour une description de cette méthode
\"quasi-dialectique\" : M. Villey, \"Modes classiques d\'interprétation
en droit\" in L\'interprétation dans le Droit, _Archives de
Philosophie du Droit
[^21]:     ?_Traité de
l\'interprétation juridique
[^22]:     ?*Vorlesungen*, p.
282 (traduction Todorov).
[^23]:     ?_Méthodes de
l\'histoire littéraire
[^24]:     ?Boileux, _Commentaire sur
le Code Napoléon
[^25]:     ?Baudry-Lacantinerie, I, § 89, p. 45. -
Demolombe, I, § 116, p. 137. - Laurent, *Principes*, I, § 273, p.
342 et s.
[^26]:     ?M.
van de Kerchove, \"La doctrine du sens clair des textes et la
jurisprudence de la Cour de cassation\" in _L\'interprétation en
droit - Approche pluridisciplinaire
[^27]:     ?Schleiermacher ne partage pas cet
optimisme, mais bien l\'idéal de clarté : \"Dans aucun discours le sens
d\'un élément singulier n\'est donc clair en lui-même, et l\'aspect
grammatical de l\'interprétation est une tâche véritable\"
(Herméneutique générale (1809-1810), p. 80) et \"Il n\'est pas possible,
*même pour les meilleurs écrivains*, d\'éviter les difficultés
herméneutiques\" (idem, p. 91, souligné par nous).
[^28]:     ?Todorov,_Symbolisme et
interprétation
[^29]:     ?Herméneutique générale
(1809-1810), p. 75 et Abrégé d\'herméneutique (1819), § 3-5, p.
114-115.
[^30]:     ?Schleiermacher, Ebauche de
l\'herméneutique (1805), p. 60.
[^31]:     ?*Vorlesungen*, p. 271. - Comp.
avec les formules voisines de Schlegel (*Litterary Notebooks*, 983
cité par Todorov, *Symbolisme et interprétation*, 154) et de
Schleiermacher, *Herméneutique*, p. 108.
[^32]:     ?Cette démarche
historiciste s\'étend également à l\'époque aux études philosophiques.
Pour une description critique des travaux de E. Kapp et W. Jaeger sur
Aristote, par exemple, voir P. Aubenque, _La prudence chez
Aristote
[^33]:     ?U. Eco, _Les limites de
l\'interprétation
[^34]:     ?Par exemple, Schleiermacher, Herm.
gén. (1809-1810), p. 106-107 : \"Tout ouvrage qui relève de l\'art au
sens le plus large est en même temps une action qui relève de la VI au
sens le plus strict\". - V. aussi : Lanson, \"La méthode de l\'histoire
littéraire\", p. 36.
[^35]:     ?Lanson, *Essais de méthode...*, p. 47
et 69.
[^36]:     ?Note de 1828 sous Abrégé (1819), § 13, p.
\120.
[^37]:     ?Toullier, *op. cit.*, § 304, p. 349
et § 307, p. 351.
[^38]:     ?*Précis de droit civil*, t.
I, § 101, p. 52.
[^39]:     ?*Principes*, § 273, p. 343-344. -
La même idée est déjà développée au § 272, p. 341-2.
[^40]:     ?Zachariae, _Cours de
droit civil français
[^41]:     ?*Traité des obligations*, n. 91 à
\102.
[^42]:     ?Marcadé, commentaire des
art. 1156-1164 déplacé sous 1135, spéc. p. 463-4 (art. 1162) et p. 465
(réduction à l\'art. 1156). - Aubry et Rau, t. IV, Paris, 1902, § 347,
p. 568-572. - Baudry-Lacantinerie, t. XI, Paris, 1900, § 553, p. 505 et
la suite notamment p. 509 (art. 1156 prévaut sur 1157), p. 510 (art.
1159 rejoint 1156) et p. 514 (exclusion de art. 1162). - Demolombe, t.
XXV, Paris, 1869, p. 1-39 spéc. § 3, § 14 (art. 1156 prévaut sur 1157),
§ 17 (réduction de art. 1159 à 1156), § 21 (réduction de art. 1161 à
1156), § 23 (exclusion art. 1162), § 30 (réduction de art. 1163 à 1156).
\- Duranton, t. VI, § 510, p. 182 (prévalence art. 1156 sur 1157) et §
516, p. 184 (prévalence art. 1156 sur 1159). - Huc, _Commentaire
théorique et pratique du Code civil
[^43]:     ?t. III, § 318 s., p. 354 s., spéc. §
324, p. 355. - De même, pour Duranton, l\'usage doit prévaloir dans
l\'interprétation des lois (I, § 100, p. 22).
[^44]:     ?Sur les
formes variables de l\'interprétation législative en France au XIX
siècle : Demolombe, I, § 120-123, p. 140-146.
[^45]:     ?Herméneutique générale (1809-1810), p.
\78.
[^46]:     ?idem, p. 98.
[^47]:     ?idem,
p. 99.
[^48]:     ?idem, p. 106.
[^49]:     ?\"La méthode de l\'histoire littéraire\",
p. 44 : 6ème et 7ème étapes de la méthode.
[^50]:     ?Herméneutique générale (1809-1810), p.
\75.
[^51]:     ?Abrégé d\'herméneutique (1819), p.
\115.
[^52]:     ?cité par Todorov, _Symbolisme et
interprétation
[^53]:     ?_Cours de droit civil
français
[^54]:     ?_Précis
de droit civil
[^55]:     ?Laurent, *Principes*, § 272, p.
341-2.
[^56]:     ?Aubry et Rau, I, § 40, p.
193-194. - Dans le même sens : Baudry-Lacantinerie, I, § 101 _in
fine
[^57]:     ?Aubry et Rau, I, § 40, p. 193-195 se
référant à l\'\"esprit de la loi\" et à la \"pensée du législateur\". -
Baudry-Lacantinerie, I, § 101, p. 52-53. - Schleiermacher (Herm. gén.,
p. 98) : \"Tout ce qui est orienté dans un homme est cohérent et a un
caractère commun. Mais pouvoir comprendre et montrer \[dans
l\'exposition\
[^58]:     ?*Principes*, § 272, p. 341-2.
[^59]:     ?Voyez l\'étude
convaincante et nuancée de A. Dufour, \"Droit et langage dans l\'Ecole
historique du droit\", in Le langage du droit, _Archives de
philosophie du droit
[^60]:     ?Zachariae était formé
à la philosophie kantienne, à l\'histoire, au droit romain et germanique
(Charmont et Chausse, *op. cit.* , p. 155-156.
[^61]:     ?_Leviathan or the Matter, Forme and
Power of a Common Wealth Ecclesiasticall and Civil
[^62]:     ?composé de 1665 à
1670, publié anonymement, trad. Appuhn, Paris, Garnier, 1965
(Garnier-Flammarion).
[^63]:     ?Sur le caractère
fondationnel de la pensée de Hobbes dans la formation de la théorie
moderne de la loi : Léo Strauss, *Droit naturel et histoire*,
Paris, Plon, 1954, spéc. p. 180-215.
[^64]:     ?T. Todorov,
*Symbolisme et interprétation*, p. 125-131. - Ch. Appuhn, Notice
précédant le *Traité théologico-politique*, p. 8. - Sur la critique
spinoziste : S. Zac, *Spinoza et l\'interprétation de l\'Ecriture*,
Paris, P.U.F., 1965, spéc. ch. II.
[^65]:     ?Paris, Verdier, 1979 (traduction de
Munk).
[^66]:     ?Voyez spéc.
le chapitre VII du *Traité* (p. 135-158) où Spinoza expose sa
théorie de l\'interprétation.
[^67]:     ?Nous
appelons \"herméneutique comparée\" la comparaison des théories de
l\'interprétation dans les différentes sciences et de leurs fondements
épistémologiques. L\'herméneutique comparée doit être distinguée de
l\'herméneutique générale qui s\'intéresse aux éléments *communs* à
toutes les herméneutiques spéciales et aux bases inhérentes au mécanisme
de la compréhension (sur l\'herméneutique générale : Schleiermacher,
*Herméneutique*, spéc. p. 109-110 et 113. - E. Betti, _Theoria
generale della interpretatione
[^68]:     ?Sur le concept voisin mais
beaucoup plus large de \"socle épistémologique\" ou \"épistémé\" :
Foucault, *Les mots et les choses*, p. 89-91.
[^69]:     ?A rapprocher du \"sujet\" en philosophie,
du \"moi\" en psychologie, de l\'\"individu\" en politique.
[^70]:     ?Voy. *Léviathan*, p. 163 et
note 12 du traducteur et p. 405 et note 14 du traducteur.
\"*Author*\", dans son sens juridique, indique chez Hobbes la
représentation.
[^71]:     ?R.
Barthes, \"La mort de l\'auteur\" (Manteia,1967), in _Le
bruissement de la la langue
[^72]:     ?Décret du 19 juillet 1793 \"relatif au
droit de propriété des auteurs d\'écrits en tout genre, (...)\". Voyez
le rapport éloquent de Lakanal à la Convention : \"De toutes les
propriétés, la moins susceptible de contestation, c\'est sans contredit
celle des productions du génie (...) Le comité propose des dispositions
qui doivent former la déclaration des droits du génie\".
[^73]:     ?Barthes, \"Ecrire sur la lecture\", in
*Le bruissement de la langue*, p. 34. - A cet égard, le célèbre
\"Madame Bovary, c\'est moi!\" de Flaubert manifeste sans doute autant
une revendication qu\'une confession.
[^74]:     ?Position d\'un courant important de
l\'herméneutique biblique ou antique traditionnelle, notamment
d\'inspiration hermétique ou cabalistique.
[^75]:     ?\"La méthode de l\'histoire
littéraire\" de Lanson illustre parfaitement tous ses points (p. 32-56).
\- Pour une critique : Gadamer, *Vérité et Méthode*, p. 122-130 et
p. 141 et s. - Barthes, \"La mort de l\'auteur\", spéc. p. 61-62. -
Warren et Wellek, *La théorie littéraire*, p. 100 et s. - Pour une
synthèse fort claire des principes du positivisme : L. Kolakowski,
*La philosophie positiviste*, Paris, Denoël, spéc. p. 11-19.
[^76]:     ?\"La mort de
l\'auteur\", p. 64.
[^77]:     ?En ce sens : P.
Ricoeur, *Du texte à l\'action (Essais d\'herménetique II)*, Paris,
Seuil, 1986, p. 79 et 81. - Lanson baptise son enseignement : \"histoire
littéraire\". - Schleiermacher : \"Toute étude approfondie est
historique et commence par le début\" (Herm. gén., p. 77). - Sur
l\'apparition de l\'histoire au XIX siècle : M. Foucault, _Les
Mots et les choses
[^78]:     ?Pour une critique très dure de
l\'historicisme, opposé au raisonnement juridique comme modèle
herméneutique : Gadamer, *Vérité et Méthode*, spéc. p. 166-184
(307-323 de la 2ème éd. allemande) et la préface à la seconde édition.
[^79]:     ?Par contre, la libre
recherche conserve et même renforce la conception du sens comme fait
positif, scientifiquement accessible mais elle remplace le fait
historique psychologique par un fait sociologique évolutif.
[^80]:     ?Non seulement le législateur
en droit mais aussi en littérature le \"genre\" ou l\'\"esprit d\'une
époque\" (Schleiermacher, Herm. gén., p. 87).
[^81]:     ?Sur la dérive psychologiste de la philologie
: Ricoeur, *Du texte à l\'action*, p. 80-87. - Comp. M. Foucault
qui estime, à l\'inverse, que l\'attribution du texte à un individu
\"n\'est que la projection, dans des termes toujours plus ou moins
psychologisants du traitement que l\'on fait subir au texte \...\"
(\"Qu\'est-ce qu\'un auteur?\", p. 85).
[^82]:     ?G. Frege, _Les fondements de
l\'arithmétique
[^83]:     ?R. Jakobson,
\"Linguistique et poétique\", in *Essais de linguistique générale*,
Paris, Ed. de Minuit, p. 209-248.
[^84]:     ?T. Todorov, *Théories du symbole*,
Paris, Seuil, 1977, col. \"Points\", ch IV à VI, spéc. p. 182 à 196.
[^85]:     ?Paul Ricoeur :
\"L\'herméneutique ne pouvait ajouter au kantisme sans recueillir de la
philosophie romantique sa conviction la plus fondamentale, à savoir que
l\'esprit est l\'inconscient créateur au travail dans des individualités
géniales\" (*Du texte à l\'action*, p. 79). - Gadamer, _Vérité
et Méthode
[^86]:     ?\"Le recours aux travaux
préparatoires et la volonté du législateur\", in _L\'interprétation
en droit - approche pluridisciplinaire
[^87]:     ?Zachariae, 2ème éd., I,
§ 40 p. 32-33 et Aubry et Rau, 5ème éd., I, § 40, p. 193. -
Baudry-Lacantinerie, I, § 101, p. 52. - Laurent, *Principes*, I, §
273, p. 346-347. - V. également van de Kerchove, *op. cit.*, p. 35.
\- Ph. Gérard fait remarquer, dans le même esprit, que la Cour de
cassation belge, qui reçoit la doctrine du sens clair et interdit en
conséquence le recours aux travaux préparatoires lorsque la disposition
légale n\'est pas obscure ou ambigüe, autorise cependant
exceptionnellement leur consultation dans le seul but de confirmer le
sens qui se dégage clairement du texte (*loc. cit.* et les
références citées).
[^88]:     ?Comme le note P. Ricoeur au
sujet de Schleiermacher, cette conception naît de la rencontre d\'une
préoccupation critique de lutte contre la mécompréhension et de
l\'ambition romantique de mieux comprendre un auteur qu\'il ne s\'est
compris lui-même.
[^89]:     ?R. Barthes, \"Ecrire sur la
lecture\", in *Le bruissement de la langue*, p. 34. - M. Foucault,
\"Qu\'est-ce qu\'un auteur?\", p. 84 à propos de la tradition médiévale.
\- En droit, très en détail : Ph. Gérard, \"Le recours aux travaux
préparatoires et la volonté du législateur\", p. 61, 65-66 et surtout
68-71.
[^90]:     ?\"Le pouvoir législatif, placé au
dessus des lois, ne peut abdiquer son autorité souveraine\" (Boileux,
*op. cit.*, p. 31).
[^91]:     ?J. Velu, _Droit public, I. Le
statut des gouvernants
[^92]:     ?M. Couderc, \"Les travaux
préparatoires de la loi ou la remontée des enfers\", *D*\., 1975,
Chr., p. 249-256, spéc. p. 251. Couderc évoque aussi le symbole très
fort de \"la mort du père\".
[^93]:     ?Roland Barthes, \"La mort de
l\'auteur\" (1967), in *Le bruissement de la langue*, p. 61-67. -
V. aussi dans le même recueil : \"Ecrire sur la lecture\" (1970), p.
33-36. - \"De l\'oeuvre au texte\" (1971), p. 69-77.
[^94]:     ?_L\'archéologie
du savoir
[^95]:     ?\"Mon corps, ce papier, ce feu\" in
*Folie et Déraison. Histoire de la folie à l\'âge classique*,
Paris, Plon, 1961, appendice II, p. 583-603, spéc. p. 602. - Sur
l\'intéressante controverse qui se noue entre Foucault et Derrida autour
de l\'interprétation d\'un texte de Descartes et ses enjeux
philosophiques : G. Haarscher, *La raison du plus fort*, Liège, P.
Margada éd., spéc. 93 à 111 et 157 à 164.
[^96]:     ?Foucault,
\"Qu\'est-ce qu\'un auteur?\", p. 95.
[^97]:     ?M. Foucault, \"Qu\'est-ce qu\'un auteur?\",
p. 83 et 87-88. - E. Benveniste, \"Les formes de l\'énonciation\", in
*Problèmes de linguistique générale II*, Paris, Gallimard, 1974, p.
79-88. - J. Lacan, \"La science et la vérité\" (1966), in *Ecrits*,
Paris, Seuil, 1971, col. \"Points\", t. II, p. 219-244, spéc. début. -
R. Barthes, \"Ecrire, verbe intransitif?\" (1966), in _Le
bruissement de la langue
[^98]:     ?M. Proust, *Contre Sainte Beuve*
\[et autres textes\
[^99]:     ?\"L\'interprétation des lois
d\'après les travaux préparatoires\", *D.H.*, 1935, Chron., p.
77-80, spéc. p. 79.
[^100]:     ?\"Eloge
de l\'exégèse\", *Droits*, 1985, p. 118.
[^101]:     ?A. Desrayaud, \"Ecole de l\'Exégèse et
interprétations doctrinales de l\'article 1137 du Code civil\" et
Kanayama, \"Les civilistes français et le droit naturel au XIX
siècle. A propos de la prescription\", précitées.
[^102]:     ? Sur les liens étroits entre théorie
de l\'interprétation et conception globale du droit : R. Dworkin,
*Law\'s Empire*, spéc. p. 90, 101, 112-3, 460 (trad. fr. p. 103,
114, 126-7, 446). - V. aussi X. Dieux, \"L\'application de la loi par
référence à ses objectifs. Esquisses de la raison finaliste en droit
privé\", *J.T.*, 1991, p. 201-207, spéc. 202. - \"L\'expression
\"vision du droit\" est forgée par nous sur le modèle du concept de
\"vision du monde\" (défini notamment par L. Goldmann, _le dieu
caché
[^103]:     ?Par ex. J.-L. Bergel, _Théorie
générale du droit
[^104]:     ?Avis du procureur général Leclercq
avant Cass., 26 janvier 1928, *Pas*\., 1928, I, 63. - H. de Page,
*Traité élémentaire de droit civil*, vol. I, n. 214 A.
[^105]:     ?R. Barthes, \"Le style et son image\",
in *Le bruissement de la langue*, p. 150.
[^106]:     ?Sur le concept de \"texte\" : R.
Barthes, \"De l\'oeuvre au texte\", in _Le bruissement de la
langue
[^107]:     ?Comp. avec
l\'allégorie de la *chain novel* chez Dworkin, *op. cit.*, p.
228-232 (trad. fr., p. 250-254).
[^108]:     ?Dans le même sens : M.
Stamatis, \"La concrétisation pragmatique des normes juridiques\",
*Revue interdisciplinaire d\'études juridiques*, 1993-31, p. 1-23,
spéc. p. 16. - Pour une description de ce tournant philosophique : J.M.
Ferry, _Philosophie de la communication, 1. De l\'antinomie de la
vérité à la fondation ultime de la raison
[^109]:     ?Eco_________________________________________
