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title: En pleine pandémie, les gouvernants s'attaquent à la démocratie participative
  du jury citoyen
author: Benoit Frydman
language: fr
date: 2020
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Une offensive éclair, pilotée par le ministre de la Justice Koen Geens,
fait actuellement pleuvoir sur le Parlement un déluge de textes
réformant (à nouveau !) la justice. Parmi ceux-ci, le dépôt le 11 mai
d'un nouveau code de procédure pénale (726 pages)[^1], doc. 55, 1239/001 :
<https://www.lachambre.be/FLWB/PDF/55/1239/55K1239001.pdf>] qui
prévoit notamment la suppression totale et définitive du jury citoyen et
de la Cour d'assises, dont le ministre a juré la perte depuis longtemps.

Nous pensions naïvement le Gouvernement et le Parlement complètement
mobilisés face à la terrible crise sanitaire, économique et sociale
causée par la pandémie Covid19. Nous pensions qu'ils travaillaient nuit
et jour à relancer notre pays et protéger la vie des citoyens. Certains
ont visiblement trouvé plus urgent et plus important à faire.

Le droit de siéger dans un jury pour juger les crimes est, après le
droit de vote et celui de se présenter aux élections, le principal droit
politique des citoyens belges. Les Belges, tant du Nord que du Sud,
manifestent d'ailleurs enquête après enquête leur attachement profond à
cette institution. Alors qu'on ne parle que de renforcer la
participation citoyenne, certains n'ont, semble-t-il, rien de plus
pressé, pendant que les Belges sont occupés ailleurs, que de supprimer
la seule institution où des citoyens tirés au sort participent à
l'exercice du pouvoir.

Il faut supprimer le jury citoyen, expliquent les auteurs du projet, non
parce qu'il coûte cher, mais parce qu'il rend une justice de mauvaise
qualité[^2]. Les bons citoyens font de mauvais juges.
Ils comprennent mal ces questions trop compliquées pour eux. Et faisons
d'abord en sorte qu'ils ne jugent pas les responsables des attentats
terroristes du 22 mars 2016 qui ont tué 32 des leurs et blessé 340
autres[^3].

Il faut supprimer le jury citoyen, écrivent-ils
encore[^4], pour rétablir enfin les
poursuites pénales contre la presse et les médias. Il est inadmissible
que « n'importe quel quidam » (entendez un citoyen comme vous et moi)
puisse porter atteinte par ses propos à l'honneur ou à la présomption
d'innocence d'une personne avant sa condamnation judiciaire définitive
en bonne et due forme. Voilà une belle arme donnée au pouvoir pour
réduire au silence tous ceux qui, journalistes professionnels ou
lanceurs d'alerte, dénoncent au public les scandales politiques,
financiers ou sanitaires. On pourra enfin les museler en les mettant à
l'amende ou en prison s'il le faut. Et pour verrouiller le système, le
texte supprime aussi le droit pour les victimes d'un crime ou d'un délit
de se porter partie civile devant le juge d'instruction (supprimé lui
aussi) pour forcer la justice à enquêter lorsque le ministère public et
la police s'y refusent.

Heureusement, le jury citoyen est garanti par la Constitution et, pour
modifier celle-ci, il faut une majorité des deux tiers tant à la Chambre
qu'au Sénat. D'où les réunions politiques organisées en fin de semaine,
révélées par *Le Soir*, pour tenter de trouver un grand accord
entre les partis. Qui a participé à ces réunions ? Un accord a-t-il été
conclu ? Lequel ? Les citoyens ont le droit de savoir et leurs
représentants le devoir de leur dire.

Alors que le nationalisme liberticide est au seuil du pouvoir en
Flandre, je ne crois pas un instant qu'il se trouvera deux tiers des
députés et sénateurs de ce pays pour tremper la main dans ce mauvais
coup contre la démocratie, priver sournoisement les Belges, pendant
qu'ils regardent ailleurs, de leurs droits fondamentaux et vider de sa
substance la seule institution démocratique participative dans notre
Constitution. Ceux qui font aujourd'hui le lit de l'extrême droite
seront peut-être demain les premiers à s'y coucher. Quant aux
gouvernants qui se défient du peuple, qu'ils sachent que celui-ci le
leur rend bien et qu'il garde longtemps la mémoire du mépris dans lequel
on le tient. La démocratie les rattrapera.

Benoit Frydman, Professeur à l'ULB (Centre Perelman)

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[^1]: _Doc.
Parl. Ch. ­(2019-2020)
[^2]: P. 47 et s.
[^3]: Proposition de révision de la Constitution du 27 mai
2020 (*Doc. Parl. Ch. ­(2019-2020)*, doc. 55, 1287/001).
[^4]: Doc 1239/001, p. 51 et s._
