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title: Le jury et la mort
author: Benoit Frydman
language: fr
date: 2003
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L'Europe et les Etats-Unis ne partagent pas toujours les mêmes
conceptions dans le domaine des droits de l'homme. Parmi les sujets de
divergence, la peine de mort est sans doute l'un des plus sensibles. En
Europe, la peine capitale a été abolie (sauf en temps de guerre) par le
6ème protocole additionnel à la Convention de sauvegarde des
droits de l'homme et des libertés fondamentales, en vigueur depuis
1985[^1] (Human
Rights Network) de l'U.L.B.. V. page :
<http://dev.ulb.ac.be/ lhennebe/files/instruments/HRNi_FR_895.html>.].
Aux U.S.A. par contre, un nombre important d'Etats continue d'y recourir
massivement et sans problème apparent de conscience. L'actuel président
George Bush n'a-t-il pas lui-même, en tant que gouverneur du Texas,
cautionné un nombre record d'exécutions ? Malgré le nombre important
d'erreurs judiciaires, la commission des grâces ne se réunit
pratiquement jamais. Ses dix-huit membres, nommés par le gouverneur, se
contentent de cocher la case « oui » ou « non » sur un formulaire pré
imprimé qu'ils renvoient par fax à Austin, sans entendre ni le condamné
ni son avocat.

La Cour Suprême des Etats-Unis vient cependant de relancer le débat de
façon inattendue. Au mois de juin dernier, la Cour a déclaré
inconstitutionnelle les sentences de mort décidées par un juge et non
par un jury[^2]).].
Cette décision, prise à une large majorité (7 contre 2) au sein d'une
juridiction réputée conservatrice, ne remet pas directement en cause la
légalité de la peine de mort. Elle se fonde sur les garanties du procès
équitable (*due process*), qui incluent le droit d'être jugé par un
jury. La Cour revient à cette occasion sur un arrêt prononcé il y a 12
ans dans lequel elle avait jugé conforme à la Constitution la loi de
l'Arizona aujourd'hui censurée, qui permet au juge de commuer la prison
à vie en peine capitale en raison de circonstances aggravantes, comme
par exemple le caractère particulièrement « haineux » du crime.
Cependant, la nouvelle décision s'inscrit dans la ligne d'un arrêt de
principe, rendu en 2000, par lequel la Cour Suprême avait déjà exigé
l'intervention du jury, et non du juge, pour l'aggravation des peines de
prison[^3]).].
La Cour a ainsi logiquement décidé que ce qui vaut pour l'emprisonnement
vaut *a fortiori* pour la peine de mort.

La nouvelle jurisprudence devrait favoriser les prévenus dans la mesure
où, contrairement à une opinion répandue, les jurys se montrent dans
l'ensemble moins enclins que les juges professionnels à livrer des
condamnés au bourreau. Plus concrètement, compte tenu des législations
en vigueur dans plusieurs Etats, la Cour Suprême vient potentiellement
de sauver la vie ou en tous cas d'accorder un long sursis à au moins 168
personnes. Le nombre total s'élèverait même à 737 personnes, si on
inclut les condamnés d'Etats comme la Floride, où le juge décide entre
la prison à vie et la peine capitale, après avoir entendu les
« recommandations » du jury. Il s'agit, selon les observateurs, de la
plus importante remise en cause de la peine de mort aux Etats-Unis
depuis l'arrêt de 1972[^4], par lequel la Cour
avait un moment déclaré cette peine inconstitutionnelle, avant de
revenir ensuite sur sa décision.

Quatre jours plus tôt, la Cour Suprême avait déjà donné le ton en
déclarant également inconstitutionnelle l'exécution des attardés mentaux
légers[^5],
qu'elle admettait depuis 1989 moyennant certaines conditions. Au-delà de
la coïncidence des dates, ces deux décisions semblent indiquer que les
neufs sages de Washington ne sont pas tout à fait insensibles au débat
international que l'Europe a réussi à susciter sur la question. Elles
semblent en tout cas rouvrir aux Etats-Unis, de manière quelque peu
inespérée, la voie judiciaire, qui paraissait bouchée. Dans
l'intervalle, les exécutions se poursuivent, alors que des voix plus
nombreuses se font entendre pour réclamer un moratoire, justifié par les
graves soupçons d'erreurs judiciaires et de discrimination raciale qui
pèsent sur son application. A suivre.

Pr. Benoit Frydman *bfrydman\@ulb.ac.be*

Directeur du Centre de Philosophie du Droit de l'U.L.B.

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[^1]: Texte disponible sur le site <span class="underline">hrni.org
[^2]: Ring v. Arizona, n° 01-488, 24 juin 2002
(<span class="underline">http:/\/supct.law.cornell.edu/supct/html/01-488.ZS.html
[^3]: Apprendi v. New Jersey, n° 99-478 26 juin 2000
(<span class="underline">http:/\/supct.law.cornell.edu/supct/html/99-478.ZS.html
[^4]: Furman v. Georgia, 408 U.S. 238
(<http://www.againstdp.org/furman.html>).
[^5]: Atkins v. Virginia, n° 01-8452, 20 juin 2002 
(<http://supct.law.cornell.edu/supct/html/00-8452.ZS.html> </span></span></span>
