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title: L'Europe légifère contre le racisme
author: Benoit Frydman
language: fr
date: 2003
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L'Union européenne s'apprête à adopter des mesures énergiques pour
lutter contre le développement de la propagande et des comportements
racistes. Le Conseil est saisi d'une proposition de décision-cadre qui
vise à l'harmonisation du droit pénal des Etats membres en matière de
répression du racisme et de la xénophobie.[^1] Il s'agit d'assurer que les
législations disparates qui existent déjà dans les différents Etats de
l'Union (notamment en application de la Convention internationale sur
l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale, en vigueur
depuis 1969) soient suffisamment complètes et suffisamment sévères.
Cette proposition, dont la Présidence danoise fait une priorité,
pourrait aboutir très prochainement, avant la fin de l'année 2002.

L'article 3 de la proposition définit le racisme et la xénophobie de
manière assez large comme : « la croyance dans la race, la couleur,
l\'ascendance, la religion ou les convictions, l\'origine nationale ou
l\'origine ethnique en tant que facteur déterminant de l\'aversion
envers des individus ou des groupes ».

Le spectre des activités incriminées[^2] est également
étendu et couvre en particulier l'incitation publique à la haine et à la
violence raciale, de même que toute activité raciste et xénophobe
« susceptible de causer un préjudice substantiel aux individus ou
groupes visés » ; les insultes et menaces publiques ; la diffusion et la
distribution de propagande raciste ou xénophobe sous toutes les formes,
y compris par Internet ; ainsi que la direction, la participation et le
soutien à un groupe raciste ou xénophobe. Le texte vise aussi
l'apologie, la négation et la minimisation des crimes de guerre et
contre l'humanité, qui n'étaient jusqu'à présent condamnés que dans
quelques Etats seulement, dont la Belgique, la France, l'Allemagne et
l'Autriche.

Le texte impose en outre que ces délits fassent l'objet de sanctions
effectives et dissuasives, exigeant pour la plupart d'entre elles
qu'elles soient assorties de peines privatives de
liberté.[^3] La motivation raciste ou xénophobe d'une
infraction devra également être prise en compte comme une circonstance
aggravante de celle-ci.[^4]

Enfin, les Etats devront se reconnaître compétents pour poursuivre et
juger les infractions racistes dès lors qu'elles sont commises sur leur
territoire ou par leurs ressortissants[^5]. Les Etats
veilleront à l'extradition des personnes poursuivies[^6], les infractions racistes ne pouvant être considérées comme des
crimes ou des délits politiques[^7].

L'initiative européenne constitue sans doute un geste politique fort à
un moment où les opinions racistes et xénophobes s'expriment de plus en
plus souvent sans tabou, où les discours de haine explosent, en
particulier sur Internet, et où l'audience électorale des partis
d'extrême droite, qui flirtent avec ces idéologies, atteint des seuils
véritablement inquiétants pour la démocratie.

Certains pourtant mettent en doute l'utilité de ces dispositions, dont
les organisations racistes elles-mêmes semblent se jouer assez aisément.
Ils pointent également que les Etats qui disposent des législations les
plus sévères sont aussi ceux dont le nombre de ressortissants qui se
déclarent ouvertement racistes ou xénophobes est le plus important.
Notons, dans le même sens, que les premières législations antiracistes,
adoptées en France et en Grande Bretagne dans les années 1930, n'avaient
en rien réussi à l'époque à arrêter l'inexorable montée des périls.

Il est certain en tous cas que le seul fait de légiférer ne suffise pas
à conjurer le phénomène et que le combat antiraciste passe aussi et
surtout par la prise de conscience, la mobilisation des citoyens et
l'éducation de la jeunesse. Il reste que, de ce point de vue, la loi
peut assigner les repères indispensables, mais aussi mettre les
associations de citoyens en position de réagir contre les comportements
racistes. Encore faut-il veiller à tracer précisément la limite de
l'inacceptable, en évitant le double piège de la dilution et de la
surenchère. Entreprise difficile. A suivre.

Pr. Benoit Frydman *bfrydman\@ulb.ac.be*

Directeur du Centre de Philosophie du Droit de l'U.L.B.

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[^1]: Proposition de
décision-cadre du Conseil concernant la lutte contre le racisme et la
xénophobie, présentée par la Commission, *Journal officiel* n° C
075 E du 26/03/2002 p. 0269 -- 0273.
[^2]: Article 4.
[^3]: Article 6.
[^4]: Article 8.
[^5]: Article 12.
[^6]: Article
\13.
[^7]: Article 14.

